Kaamelott au cinéma : les plus et les moins

Un peu à la manière du dernier volet du Seigneur des Anneaux au cinéma, Alexandre Astier redonne vie au légendaire roi Arthur, que les fans avaient quitté presque sur son lit de mort.

David Trotta

Fin de la saison 6 de Kaamelott, Arthur a laissé le pouvoir au dissident Lancelot. Après une tentative de suicide manquée, ses proches l’éloignent du royaume de Logres pour sa sécurité. Aujourd’hui, près d’une décennie après l’arrêt de la série culte diffusée sur M6, le public retrouve enfin Arthur de Bretagne et les siens, plus vivant que jamais. Pour sa critique, PLANS CULTES livre ses impressions sous forme de « + » et de « – ». ATTENTION SPOILER.

+ Le retour du roi
À quoi fallait-il s’attendre pour perpétuer la légende arthurienne après l’arrêt de la série ? Si Kaamelott, au cours de ses six saisons, a décrit la lente et insidieuse dépression du souverain de Bretagne, au cinéma, Arthur revient plus fort que jamais. Pas particulièrement déterminé au début du film, il retrouve rapidement le besoin de venir en aide aux siens et à son peuple, opprimés par Lancelot à qui Arthur, une décennie plus tôt avait laissé le pouvoir. On pense bien sûr aux longs échanges entre le jeune Arthur, lors de ses années romaines, et le grand César. Notamment quand ce dernier livrait le secret au futur roi de Bretagne de ce qui fait des chefs de guerre légendaires : « ils se battent pour les faibles ». Et c’est bien ce qu’Alexandre Astier donne à voir au cinéma. Au fil des retrouvailles, Arthur constate qu’on lui est encore largement fidèle, et que les faibles luttent, au péril de leur vie, contre celui qui fait régner peur et injustice dans le royaume. Loin de son caractère capricieux, colérique, boudeur et dépressif, Arthur reprend alors les armes. Un peu à la manière d’Aragorn dans le dernier volet du Seigneur des Anneaux. Sans une once d’envie de retrouver le pouvoir, mais ayant compris que seule son intervention peut renverser la situation. Et redonner de la dignité aux plus faibles.

+ Le rythme
Les deux dernières saisons de la série avaient amorcé le ton, plus dramatique, et le nouveau rythme avec le passage au cinéma pour Kaamelott semble s’être fait le plus naturellement du monde. Loin des sketchs de trois minutes, le premier volet déroule son histoire sans réelles anicroches, avec une narration fluide. Calée cinéma, sans successions de situations cocasses et courtes, comme certains avaient pu le craindre.

+ Guenièvre
Si on retrouve la grande majorité des personnages ayant fait le succès de la série, Kaamelott fait une fois encore la part belle à Guenièvre, épouse d’Arthur. Au cours des six saisons, Alexandre Astier en avait fait un personnage dont on se moque le plus souvent. Elle avait néanmoins accompagné le héros dans toutes ses péripéties. Au cinéma, les moqueries ont disparu, mais l’amour est resté, malgré dix ans de séparation. Au point d’attendrir Arthur, qui lui accordera enfin son premier baiser.

+ Les fidèles
Dans les aventures du roi Arthur telles que racontées par Alexander Astier, il est bien davantage question de camaraderie, d’amour et de fraternité que de recherche de pouvoir. Et à ce titre, force est de constater qu’il s’agit peut-être de la plus belle réussite du Sanglier de Cornouailles. Dès le début du film les clans sont séparés entre ceux qui ont rejoint les rangs de Lancelot, les mêmes qui dans la série ont toujours accordé une importance capitale à la réussite personnelle (Loth d’Orcanie et ses hommes, Mevanwi, la femme de Karadoc, et le père Blaise, intéressé en premier lieu par ses ambitions religieuses) et ceux qui tentent d’organiser la résistance. Non pas par simple désaccord, mais bien par fidélité pour leur souverain et l’esprit de corps. Celui qui faisait du royaume de Logres une terre unique à laquelle le plus grand nombre avait décidé de se rattacher.

– Des longueurs
Qui dit intrigue allongée dit aussi risque de tirer en longueur certaines scènes. Et pas nécessairement les meilleures. Kaamelott : Premier Volet n’y coupe pas, notamment avec un jeu du Pays de Galles, cher à Perceval et ses origines, qu’Alexandre Astier a choisi de mettre sur pied. Comme dans la série, les règles sont incompréhensibles. Sauf qu’en version cinéma, Kaamelott passe de la théorie burlesque à la pratique. Sans réussir le comique de répétition (on a jamais rien compris aux règles de Perceval, donc personne ne joue jamais aux jeux du Pays de Galles). Résultat : un énorme chaos, pas vraiment drôle, long, lent et encore moins visuel dont on se serait bien passé.

– Lancelot
Lancelot le dissident. Mais Lancelot au pouvoir. Lors de sa séparation d’avec Arthur au cours de la série, Lancelot avait fondé son clan. En quête du Graal, il reprochait à son souverain un manque d’ambition et l’équipe qu’il avait choisie pour mener à bien la mission confiée par les dieux. Sauf que dans la série, Lancelot avait montré ses qualités, son charisme, et s’imposait en véritable maître, en concurrent direct et plus que légitime face à Arthur. Au cinéma en revanche, le jeu est plus laborieux. Lancelot est pâle, colérique, capricieux et surtout inconsistant. Lancelot n’a rien d’un roi, les expressions de l’acteur sont malheureusement bien moins convaincantes, moins profondes, le charisme a complètement disparu. N’accordant aucune crédibilité au fait que Lancelot ait été capable de diriger le pays pendant une décennie entière.

– Les références
Avec le retour d’une série culte, il fallait s’attendre à retrouver les éléments qui avaient fait son succès, malgré un passage au cinéma. Et c’est d’ailleurs plutôt une très bonne nouvelle pour tout fan de Kaamelott. Mais les références, et les rapports entre personnages, contrairement aux informations disséminées dans diverses interviews données par Alexander Astier, pourraient franchement venir compromettre la compréhension de l’histoire par les novices. Un film surtout adressé aux connaisseurs donc, pas vraiment à celles et ceux qui souhaiteraient prendre le train en marche.

– Les flashbacks
Amoureux de l’amour, Arthur a multiplié les conquêtes au cours de son existence. Dans cette nouvelle mouture de Kaamelott aussi on nous raconte une idylle de jeunesse d’Arthur, alors que celui-ci était en formation militaire. Celle d’un très jeune adolescent envers une jeune femme, sans explications, sans vraiment de contexte, sans cohérence aucune, sous forme de flashbacks récurrents. Complètement inutile puisqu’on ne laisse même pas à penser que l’intrigue se poursuivra dans les épisodes à venir.

– Les nouveaux frères
Comme le dévoilait déjà la bande-annonce, il faudra aussi composer avec un certain nombre de nouveaux personnages et de nouveaux visages parmi lesquels celui du chanteur Sting ou des comédiens Guillaume Gallienne et Clovis Cornillac. Bien amenés, notamment pour leur importance dans l’intrigue, ils tranchent avec d’autres petits nouveaux dont l’arrivée s’avère parfaitement incompréhensible. Comme le frère du chevalier Perceval dont il n’a jamais été fait mention en 458 épisodes. De même que pour le frère de Gauvain, neveu d’Arthur et fils de Loth d’Orcanie. Des personnages centraux de Kaamelott pourtant, à qui des nouveaux liens de parentés s’avèrent parfaitement incohérents.

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