D’un Gallagher à l’autre

Beady Eye aux Docks le 19 février 2014. Liam Gallagher, au centre, entouré d’Andy Bell (g.) et de Gem Archer (d.). David Trotta © PLANS CULTES

De retour (quelques mois plus tard) du concert de Noel Gallagher à Bâle, on se remémore une soirée d’il y a dix ans, quand Liam s’engouffrait dans la capitale vaudoise.

David Trotta

En principe, quand on évoque le duo fratricide Gallagher, celui qui a vu s’opposer Liam et Noel avec les années, on perçoit dans l’œil de l’interlocuteur un brin de compréhension. Derrière ces noms, un groupe de rock qui s’est accaparé les charts au cours des années 1990. Monstrueux. Sauf, étonnamment, auprès d’un certain vendeur, au détour d’un échange vieux de 2019. « Vous avez le dernier Liam Gallagher ? Il sort aujourd’hui ».

Dans le regard de l’homme au gilet jaune floqué, le vide. Alors, on suggère. « Le chanteur d’Oasis ». Là, on attend l’étincelle. Non pas celle d’une quelconque marque de réjouissance ou de dégoût face au gus, juste un signe qu’il capte de quoi on parle. Mais non. Rien. Oasis, selon l’âge, n’évoque plus rien pour certains. Tout vendeur de disque que l’on soit. Tristesse.

Reste que, quelques centaines de mètres plus loin, 1 kilomètre à pied tout pile indique Google Maps, c’est bien ce même Liam Gallagher, voix d’un des groupes les plus massifs des nineties, qui foulait les planches des Docks. Une légende en plein cœur de Lausanne. Retour donc en 2014, le 19 février. Il y a dix ans. Tout pile.

Gallagher en 2014, par-delà son statut d’ex, c’est désormais le leader du très bon combo Beady Eye, né des cendres d’Oasis. À Lausanne, c’est donc aussi Gem Archer qu’on retrouve, toujours à la guitare, et Andy Bell, passé de la quatre à la six cordes après transfert d’Oasis à Beady Eye. Aux Docks, ils y présentent leur deuxième et malheureusement dernier album, sorti à l’été 2013. Ils démarrent en trombe avec le théâtral Flick of the Finger, qui ouvre aussi leur disque, pour mieux se mesurer au public lausannois, avec Face the Crowd en deuxième ligne.

Le reste du programme sera un savoureux mélange de titres issus de leurs deux albums, ainsi que de classiques d’Oasis. Cigarettes & Alcohol, ainsi que le géant Wonderwall, délivré en milieu de set. Évidemment, Noel n’y est pas. L’émotion, elle, oui. Sans doute aussi un brin d’appréhension le temps de quelques secondes pour l’un des photographes de la soirée. « Lorsque Liam Gallagher est venu jouer aux Docks de Lausanne avec son groupe Beady Eye, on nous avait avertis qu’il valait mieux ne pas nous faire remarquer, nous racontait Davide Gostoli en 2020, dans le cadre d’un article pour La Gazette. Je me suis mis dans un coin et ai essayé de rester le plus discret possible. Au moment où le chanteur m’a regardé puis s’est approché de moi, j’ai cru que j’allais me faire engueuler, sans savoir pourquoi. Alors qu’il est venu pour me taper dans la main en plein concert. »

Une intensité, musicale et émotionnelle, qui ira grandissant jusqu’au bout du set, terminé en apothéose sur une reprise de Gimme Shelter, l’une des classiques des Stones. Fin d’une soirée qui restera longtemps gravée dans mon carnet neuronal de route.

À Bâle, mais dans son camp

Novembre 2023, c’est Bibi qui a la chance de photographier l’autre pendant magique d’Oasis. Noel, le compositeur, dans le cadre de la Baloise Session, avec ses High Flying Birds. Le temps d’un concert à la ferveur rare. Un premier rang qui se presse et qui veut clairement sa dose. À droite, sur scène, une tête familière. Que Bibi ne remet pas tout de suite. Grand, élancé, grisonnant. Propre sur lui, osera-t-on. Il alterne entre Telecaster et Gibson rouge, signature Trini Lopez. Deux titres plus tard, l’étincelle jaillira. Contrairement au vendeur de disques quatre ans plus tôt.

À la guitare, on retrouve Gem Archer. Passé d’un frère à l’autre, sans que l’information nous ait franchement un jour percuté. Un duo de cordes qui, une nouvelle fois, nous replonge dans les heures de gloire du combo mancunien. Notamment au moment de délivrer The Importance of Being Idle, l’un des très gros titres de la discographie d’Oasis, chanté en lead par Noel, avec Archer en co-guitariste du groupe depuis 1999. Un Gem changé, sans chevelure et barbe sombres, cette dernière particulièrement fournie et hirsute, lors de son passage sur les planches des Docks, qui nous aura fait lever un sourcil en 2014. À Bâle, l’élégance est de mise. La coupe est nette, la barbe tranchée. Autant que les deux concerts, à presque dix ans d’écarts, auxquels on aura participé. Avec, toujours à droite de la scène, un Gem Archer qui, finalement, nous aura fait passer d’un Gallagher à l’autre.

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