« Les concerts nous manquent »

Davide Gostoli et Thomas Ebert.

Collègues à la DGNSI, Davide Gostoli et Thomas Ebert partagent la même passion pour la photographie de concerts.

David Trotta

Les trois premiers morceaux uniquement, sans flash. C’est la règle générale que connaissent tous les photographes accrédités lors de concerts. Parmi eux, Davide Gostoli, directeur général adjoint et Thomas Ebert, gestionnaire d’applications, tous deux collègues à la Direction générale du numérique et des systèmes d’information (DGNSI), ont couvert la plupart des festivals et investi nombre de salles de spectacles de Romandie. Ils cumulent depuis une dizaine d’années plusieurs centaines de milliers de clichés.

Pléthore d’artistes, dont certains de légende, sont ainsi passés à travers leurs objectifs : Robert Plant, vocaliste de Led Zeppelin, Lemmy Kilmister, fondateur du mythique Motörhead, Liam Gallagher, l’une des deux têtes fortes d’Oasis, Patti Smith, papesse du rock poétique, pour ne citer que ces exemples.

Une voie similaire

S’ils sont aujourd’hui des signatures connues du domaine, aucun ne se prédestinait à la photographie de concerts. Thomas Ebert pratique pendant longtemps le portrait et la photo studio, Davide Gostoli s’était pour sa part orienté vers la photo animalière il y a une dizaine d’années. « C’était souvent frustrant d’être à l’affût pour finalement ne rien voir passer et donc n’avoir aucune image », explique le second. Hasards de la vie, les deux hommes intègrent au début des années 2010 l’équipe des photographes du Festival de la Cité, à Lausanne. Ils se retrouveront ensuite dans la fosse de Paléo, du Caribana, du Venoge Festival ou des Docks, entre autres.

« Une belle photo n’est pas une question de
technique, même si celle-ci est importante.
Pour moi, c’est avant tout l’émotion

qu’un photographe arrive à capter »,
Thomas Ebert

Davide Gostoli et Thomas Ebert se rejoignent aussi lorsqu’on leur demande la recette d’une photo réussie. Pour eux, pas de miracle : « Une belle photo n’est pas une question de technique, même si celle-ci est importante. Pour moi, c’est avant tout l’émotion qu’un photographe arrive à capter », assure Thomas Ebert.

Joies et frustrations

Avec les années, ces photographes amateurs ont aussi cumulé nombre d’anecdotes. « Lorsque Liam Gallagher est venu jouer aux Docks de Lausanne avec son groupe Beady Eye, on nous avait avertis qu’il valait mieux ne pas nous faire remarquer, narre David Gostoli. Je me suis mis dans un coin et ai essayé de rester le plus discret possible. Au moment où le chanteur m’a regardé puis s’est approché de moi, j’ai cru que j’allais me faire engueuler, sans savoir pourquoi. Alors qu’il est venu pour me taper dans la main en plein concert. »

Mais les concerts peuvent aussi s’avérer sources de frustrations. « Lorsque je suis en train de photographier, je suis surtout concentré sur ce que je fais. Au final, je n’écoute pas, ou peu, la musique. Parfois, surtout avec des artistes que j’apprécie particulièrement, je me dis que j’aurais simplement dû être spectateur pour profiter pleinement du concert », confie Thomas Ebert.

«Les concerts nous manquent.
Même si nous sommes parfois lessivés
après une semaine complète de festival,
les concerts restent des parenthèses du quotidien»,

Davide Gostoli.

Autre point sur lequel les deux photographes alignent leurs focales : la frustration d’avoir dû ranger leurs objectifs depuis mars. «Les concerts nous manquent. Même si nous sommes parfois lessivés après une semaine complète de festival, les concerts restent des parenthèses du quotidien», livre Davide Gostoli.

S’ils attendent avec impatience que le contexte sanitaire permette une reprise des concerts, Ebert et Gostoli continuent de se rappeler leurs bons souvenirs. Et les artistes qu’ils ont eu le plaisir de capturer le temps d’une parenthèse musicale. Pourtant, tous deux peinent à savoir qui ils aimeraient particulièrement prendre en photo lorsque les performances live reprendront. « Ce serait probablement quelqu’un de rare chez nous. Comme David Gilmour par exemple », indique Thomas Ebert après réflexion. Tout autant pensif, son collègue lâche enfin le nom de Greta Van Fleet, l’un des groupes à assurer la relève rock, considérés comme les fils spirituels de Led Zeppelin. « Peut-être parce que je suis sûr qu’il se passerait quelque chose sur scène avec eux. Et aussi par nostalgie du rock des années 70 » , conclut Davide Gostoli.

Souvenirs en images

Lemmy Kilmister – Motörhead au Rock Oz’Arènes, le 13 août 2014. « Une légende. C’était la deuxième fois que je les shootais et dans un cadre magnifique comme les arènes d’Avenches, il était amenuisé par la maladie, il nous quittera une année après le 28 décembre 2015. Cette photo reste une des dernières opportunités d’avoir pu photographier le groupe et qui ne se reproduira plus. » Davide Gostoli
Flea – Red Hot Chili Pepers au Paléo Festival, le 18 juillet 2017. « Je couvrais le festival pour le Daily Rock. Jusqu’à 2 heures du concert, je n’étais pas dans la liste des photographes accrédités. Je voyais s’évaporer l’occasion de photographier un de mes groupes favoris. Heureusement après avoir réussi à faire valoir les arguments nécessaires au responsable, j’ai eu le Graal donnant l’accès à la fosse. J’étais tellement heureux que j’ai trouvé le concert magnifique. Selon la critique ce n’était pas forcément le cas. Comme quoi… » Davide Gostoli
Skin – Skunk Anansie au Venoge Festival, le 21 août 2019. « Dernier open air festival avant la pandémie. Je pense que ces moments de convivialité, pouvoir aller dans la foule, nous manquent à tous. Les concerts me manquent énormément, mais soyons tous responsables. Tous les photographes attendent le moment où Skin va sauter dans la foule, elle le fait pratiquement à tous les concerts. On essaye de se positionner à l’avance en prenant le pari d’où elle va sauter. Réglage sur rafale, anticipation et un peu de chance. » Davide Gostoli
Steve Morse – Deep Purple au Caribana Festival, le 9 juin 2010. « Premier festival où j’ai eu la possibilité d’obtenir une accréditation. J’ai aussi eu la chance de pouvoir entendre ce groupe mythique que j’écoutais quand j’avais 15 ans. » Davide Gostoli
Meimuna aux Docks, le 7 novembre 2019. « Aucune extravagance, j’ai choisi cette image pour la simplicité et la douceur qu’elle dégage, ce qui correspond à leur univers musical. » Thomas Ebert
Powerwolf aux Docks, 14 novembre 2018. « Aux Docks, à Lausanne, nous avons la chance d’avoir un lieu où le public peut être près de l’artiste et où la programmation, grâce à sa directrice et son équipe, permet de toucher tous les styles de musiques. On y fait de très jolies découvertes et on y retrouve aussi de très grands artistes. Une pensée à toutes les personnes qui travaillent dans l’évènementiel et qui sont durement touchées par la crise COVID. » Davide Gostoli
Bernard Allison aux Docks, le 26 mai 2016. « Étudiant, je l’écoutais déjà et essayais de gratter comme lui et Stevie Ray Vaughan avec mes potes. Les photos de ce concert me projettent quatre, puis vingt-cinq ans en arrière…. Étrange. » Thomas Ebert
Skip The Use au Caribana Festival, le 9 juin 2019. « Cette image reste une frustration pour moi. Je savais que Mat Bastard ferait des jumps dans tous les sens. J’étais prêt. J’ai des dizaines de photos de lui dans des positions incroyables. Mais je n’ai pas réussi à l’avoir avec le nom du groupe illuminé en entier au second plan (jeux de lumières) ! On ne contrôle pas tout ! » Thomas Ebert
Broken Bridge aux Docks, le 10 mai 2019. « La photo est aussi une question de lumière et de technique. J’aime l’effet du contre-jour et d’avoir capté cette expression du chanteur (Don Saltamontes). Je ne suis pas persuadé qu’on puisse réaliser la même image avec un smartphone par exemple. » Thomas Ebert

Article publié dans La Gazette, média de la fonction publique vaudoise, 27 novembre 2020

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