Deux ans après la reformation surprise du légendaire groupe mancunien pour une tournée mondiale en 2025, les retrouvailles entre les frères Gallagher donnent lieu à un rockumentaire épique. Critique.
Hier matin, réveil intempestif à 5h18. Impossible de refermer l’œil. Alors, debout, premier café. L’humeur est maussade. Aucun doute, même sans souvenir aucun, des cauchemars ont œuvré durant la nuit. Dehors, la pluie tombe sec. Sur le quai de gare, le retard est de quatre minutes, voie 3, comme chaque matin. Le train fera son apparition à 6h44. Deux heures plus tard, un nombre indécent de mails et d’échanges numériques instantanés ont joué au va-et-vient quotidien. L’humeur devient massacrante.
À 8h44, certains ont déjà abondamment ajouté leur patte à une journée qui s’avérera d’une pénibilité crasse. La vie, les gens. Surtout les gros, gros nuls. Que seuls de gros, gros tubes, arriveront à faire oublier. Ceux de Oasis, que Sally aura attendu longtemps. Quinze ans précisément, entre la séparation du groupe en France, en 2009, et l’annonce en 2024 d’une reformation surprise, pour une gigantesque tournée des stades l’année suivante. Et qu’on retrouve dans un fabuleux rockumentaire, dévoilé à Venise samedi dernier, en salle depuis hier soir.
Nous
Un doc qui, sur le principe, affiche tous les contours d’un à-côté financier non négligeable, qui raconte pourtant une histoire bien autre. «Oasis: Don’t Look Back In Anger» illustre surtout la ferveur derrière la colère. Celle des fans d’hier qui a suinté jusqu’aux plus jeunes, parfois pas encore nés au moment de la séparation. Celle d’une osmose totale, rarissime, entre un répertoire, signé Noel et Liam Gallagher, et leurs fans.
On y retrouve les mêmes ressorts qu’avec «Oasis Knebworth 1996», rocku-concert publié en 2021 pour célébrer l’un des plus grands concerts de l’histoire. Plus de 250’000 spectateurs sur deux soirs. Des témoignages donc, et un maximum de musique. Des captations live, pour «Don’t Look Back In Anger», issues de la tournée 2025. Après les images tournées lors des répétitions préalables. À voir et entendre, notamment, Hello, Morning Glory, Some Might Say, Little By Little, Wonderwall.
Des témoignages aussi. Nécessairement. En premier lieu ceux de Noel et Liam. Les états d’âme. La colère, particulièrement du cadet, qui n’aura de cesse d’invectiver son aîné par presse interposée. «Cette fin était inadmissible en ce qui me concerne, livre Liam. Elle était trop abrupte». L’histoire donc d’une fausse haine, qui fait mine de combler une douleur immense. Celle qui suit le déchirement total d’un cœur trop abîmé.
Mais aussi ceux de milliers de fans présents lors de la tournée. Livrant leur rapport au groupe, plus précisément sa musique. Ceux qui composent ce «nous» indéfectible et souvent incompréhensible, qu’évoque avec émotion Noel.
Stop Crying Your Heart
Des manifestations d’amour certes, un peu trop nombreuses faut-il aussi dire, qui rallongent inutilement le tout. Une demi-heure de trop, souvent larmoyante, pour un total de deux bonnes heures, globalement très bien distribuées entre musique live, images d’archives et interviews face caméra du duo mancunien.
Mais aussi quelques choix peu judicieux, comme le récit d’une rescapée de 2017. Les attentats à Manchester, au sortir du concert d’Ariana Grande. Qui donneront lieu à des insultes d’une rare violence de la part de Liam adressées à son aîné, ce dernier refusant de grimper sur scène pour le concert de charité mis sur pied quelques semaines plus tard, toujours à Manchester.
Whatever
Quelques longueurs certes, «Oasis: Don’t Look Back In Anger» n’en souffre pourtant que peu, grâce à la qualité de l’image. Derrière figure l’énorme machinerie Disney. Mais aussi celle de la musique et de sa toute puissance. Le superhéros, que nomme Liam Gallagher. Celui pour qui se déplacent les foules. Pour vivre un instant à part, qui mêle rires, larmes, peines et joies. Le tout d’une intensité féroce qui finit gravée au plus profond de tout un chacun.
Un doc à voir, absolument. À la mesure d’un groupe parmi les plus grandes Rock ‘n’ Roll Stars.
En relation
