Après l’Amérique sauvage et Paris, Lucky Luke s’aventure à Saint-Morris

À 80 ans, Lucky Luke s’empare du Château de Saint-Maurice jusqu’au 22 novembre 2026.
Photo: David Trotta © PLANS CULTES

Samouraï ou mousquetaire, Lucky Luke aurait pu connaître une destinée bien différente de celle qu’on lui connaît. Point d’attention issu du riche portrait que lui consacre le Château de Saint-Maurice.

David Trotta

Lucky Luke, c’est le cow-boy le plus célèbre de l’Ouest. Le seul capable de tirer plus vite que son ombre. Avec pareille étiquette, dur dur de l’imaginer avec autre chose qu’une paire de revolvers. Et pourtant.

Imaginez Lucky Luke armé d’un katana, d’une rapière ou un d’un mousquet. Pas si impossible, selon son créateur, le Belge Morris, qui aimait avant tout dessiner des chevaux. Ce que le bédéiste racontait en interview dans les années 1990. Un extrait à voir et écouter, au Château de Saint-Maurice, dans le cadre de la grande exposition consacrée au chanceux Luke, après Astérix, Les Schtroumpfs, Zep, Pinocchio ou Le Chat.

Lucky Luke donc, mais pas seulement. Comme toujours, à Saint-Maurice, l’exposition retrace l’épopée du personnage, et donc celle de son géniteur. Un amoureux des westerns, façon cinéma, qui fantasment l’Ouest sauvage. Les cavaliers solitaires, les tireurs fous, les méchants indiens, les filles de petite vertu. En 1946, dans les colonnes du journal Spirou, c’est ainsi que naît, moins par chance que par goût, Lucky Luke. Un héros qui n’aura de cesse d’évoluer, au long d’une carrière aujourd’hui vieille de huitante ans. D’abord rondelet, avant d’apparaître et de se maintenir filiforme. Un homme taciturne, à qui il faudra adjoindre un acolyte, Jolly Jumper, le cheval le plus rapide de l’Ouest, pour en retirer quelques états d’âme. Mais aussi plus clément face au crime, principalement pour éviter les passes d’armes éprouvantes avec la censure.

Luke, mais pas que, par Toutatis !

Fief de la culture populaire, Saint-Maurice retrace aussi la longue aventure d’un Luke que Morris confiera, pour le scénario, à Goscinny. Trente-six albums naîtront de la collaboration, sur les huitante-deux que compte la saga. Génie du gag confie Morris, il complète l’œil aiguisé du dessinateur. Son sens des couleurs, le jeu avec les ombres, l’art des couvertures façon affiches. Autant d’aspects savamment narrés tout au long de l’exposition. Et des incontournables, qu’on retrouve aussi bien chez Lucky Luke que chez les irréductibles gaulois : les caméos de célébrités et la scène de fin (chevauchée solitaire au soleil couchant pour Luke, le grand banquet final pour Astérix).

Focus aussi sur un peu d’histoire américaine (Morris y séjournera six ans), de la ruée vers l’or à celle de l’or noir, du chemin de fer qui relie la côte Est à l’Ouest encore sauvage. Mais aussi ce dont on parle moins. La place des femmes, peu mises en valeur, jusqu’à Calamity Jane (1965 dans Spirou, 1967 en album), quarante-huitième histoire de Lucky Luke. Question d’époque, raconte l’exposition, pour des auteurs, comme beaucoup alors, qui craignent les commissions de censure. Alors que les artistes doivent déjà faire face à la l’autocensure de leur propre éditeur. Et les concessions qu’il conviendra de faire, notamment quand Lucky Luke deviendra héros de dessin animé, début des années 1980. L’abandon de la cigarette, qui vaudra toutefois à Morris d’être décoré par l’Organisation mondiale de la Santé.

Sans oublier, évidemment, Les Dalton, d’abord les frères Bob, Grat, Bill et Emmet, puis leurs cousins Joe, Jack, William et Averell, quand Morris se rendit compte de l’erreur qu’il commit en faisant mourir les premiers, au potentiel comique pourtant infini, à la fin de ‘Hors-la-loi’ (1951). Ou Rantanplan, le chien le plus stupide de l’Ouest, ennemi juré du très célère Jolly Jumper.

Une aventure qui ne cesse de rebondir depuis ses origines, d’un journal jusqu’au grand écran (un premier film en prise de vue réelle en 1991 avec un Lucky Luke interprété par la star des westerns d’humour Terence Hill). Dont un nouvel épisode, en bande dessinée, mettra encore Lucky Luke dans des situations sans doute inextricables, confiées en 2004 à Achdé, pour succéder à Morris. Une belle occasion donc, pour les grands, ou moins connaisseurs, de réviser un très grand classique, le temps d’une riche rencontre du côté de Saint-Maurice.

Lucky Luke au Château de Saint-Maurice
Jusqu’au 22 novembre 2026
Infos pratiques >


En images


En relation

Laisser un commentaire