
Le dessinateur genevois inaugurait samedi l’exposition rétrospective que lui consacre, pour son édition 2024, le Château de Saint-Maurice. L’occasion pour PLANS CULTES de s’intéresser de plus près à l’autre passion de Zep : la musique. Interview proust-rock !
Trop jeune semblerait-il pour être recruté par les Stones, Zep devra se contenter en 2024 d’une exposition en son honneur à Saint-Maurice, ainsi que de l’album de The Woohoo, duo qu’il forme avec sa compagne Valérie Martinez, publié fin mars et verni sur la scène de l’Alhambra à Genève. Rien que cela. De quoi évidemment se réjouir, avec une année placée particulièrement sous le signe de la musique, nous confiait le principal intéressé samedi, entre les murs qui retraceront jusqu’au 17 novembre l’ensemble de l’œuvre de l’un des plus célèbres dessinateurs suisses. Le temps d’un échange faisant la part belle au rock, éminemment présent sous les crayons de Zep. Mais pas seulement.
DT : Un album fraîchement verni, une exposition qui vient de s’ouvrir : 2024, votre année « Woohoo » ?
Zep : C’est en tout cas mon année musique. C’est la première fois depuis que j’ai quitté le cycle que je consacre autant de temps à la musique. J’ai toujours fait de la musique dans des groupes depuis que j’ai 12 ans. Mais ça n’a toujours été qu’une petite portion de ma vie, parce qu’elle était envahie par le dessin. C’est la première année où je laisse autant de place à la musique. On sort l’album des Woohoo, on prend du temps pour répéter, pour tourner, même si nous n’allons pas faire beaucoup de dates. Mais au moins avoir le temps de les préparer, d’enregistrer, etc. Et c’est cool de faire une deuxième carrière à 50 ans.
Plutôt Happy Sex, Happy Drugs ou Happy Rock’n’Roll ?
À mon âge, plutôt Happy Rock’n’Roll.
Les concerts, vraiment l’enfer ?
Ce qui est infernal est toujours plus drôle à raconter. À l’époque où j’ai réalisé l’album « L’enfer des concerts », j’allais en voir au moins cinquante par année. Aujourd’hui, je suis devenu un peu flemmard. Je n’aime plus rester debout trop longtemps. J’en ai marre après une demi-heure (rires). Évidemment, certains concerts sont tellement géniaux qu’on oublie avoir mal au dos.
Un souvenir live marquant ?
Bob Dylan, c’est mes plus grandes émotions de concerts, parce que j’ai attendu très longtemps avant de le voir sur scène. Puis j’ai commencé à aller le voir chaque fois qu’il venait en Europe. Je me souviens d’un concert de Bob Dylan à Paléo où j’avais réussi à faire entrer un enregistreur. J’étais tellement stressé que j’ai regardé vingt-cinq fois si tout était prêt pour enregistrer le live. Dans le feu de l’action, au moment où tout démarre, quand les lumières s’éteignent, j’ai enclenché le bouton « stop » plutôt que « rec ». J’ai donc une cassette vierge de ce concert (rires).
J’ai souvent été dessinateur de coulisses pour les festivals. Je me rappelle d’une édition du Montreux Jazz Festival où Ben Harper était venu me voir dessiner. C’est rare, parce que les artistes évitent souvent les photographes et les journalistes. Mais en tant que dessinateur, on devient une espèce d’intrus. Les gens se demandent ce qu’on fait là. Ben Harper est un américain bédéphile, ce qui est plutôt rare. Il est venu me voir, on a parlé bande dessinée pendant une heure. Je lui avais fait un dessin ce jour-là. Nous avons ensuite correspondu pendant un temps. Je me souviens l’avoir revu, un an après à Paléo. Il m’avait apporté un cadeau, ce que j’avais trouvé très touchant.
Une affiche de concert que vous rêveriez de réaliser ?
J’aurais adoré faire Kiss. Les personnages sont tellement géniaux à dessiner. Et en devenant vieux, je trouve qu’ils étaient encore plus pittoresques, avec des plis partout.
Un groupe ou un artiste que vous auriez adoré voir sur scène ?
Jimi Hendrix. Les quelques documents enregistrés montrent que le voir sur scène devait être une expérience incroyable. Avec un côté très improvisé, très inventif. Exister à chaque moment. Je n’aime pas tellement les concerts trop rodés. Je sais que ce n’est pas toujours le cas, mais j’aime bien avoir l’impression que le moment que je vis est unique. Qu’il n’existera plus jamais. Je n’ai jamais vu Led Zeppelin, mais j’ai beaucoup vu Robert Plant et Jimmy Page (le chanteur et le guitariste de Led Zeppelin, groupe duquel Zep tire son nom d’artiste, ndlr). Ça me manque donc moins. Hendrix, j’aurais beaucoup aimé.
Bob Dylan ou Neil Young ?
Bob Dylan !
Votre chanson de Led Zeppelin ?
Quand je suis d’humeur fleur bleue, c’est Thank You. Sinon c’est Kashmir. J’adore ce riff. Il est incroyable.
Le solo de guitare qui vous fait dresser la mèche ?
Je ne suis pas forcément branché « solos de guitare ». Plus ça va, plus ça m’emmerde quand les guitaristes se lancent dans des solos interminables. Même Clapton. Je trouve ça trop long. Mais s’il fallait en garder un, je dirais celui de Cocaine, sur « Just One Night » d’Eric Clapton, le live enregistré à Budokan en 1980.
Un album référence ?
C’est impossible de n’en citer qu’un seul. Dans une heure, ce serait un autre. En ce moment, c’est « Time Out of Mind » de Bob Dylan. Bon… c’est quand même souvent Bob Dylan (rires).
La pochette magique ?
Difficile à dire, parce que je n’ai plus le même regard que lorsque je découvrais la musique. Mais c’est marrant de voir les pochettes qui réussissent à traverser le temps. Aujourd’hui, je trouve hideuses la plupart des pochettes que j’accrochais au mur quand j’étais ado. Mais « Rock and Roll Over » de Kiss tient bien la route. Ils ont étonnamment réussi à faire une pochette graphique de bon goût. Parce qu’en général, ce sont quand même un peu les rois du mauvais goût. Mais celle-ci est super.
Un morceau de la honte ?
Beth, de Kiss. C’est une chouette ballade. Mais c’est quand même très kitsch.
Zep, trop vieux pour être un Rolling Stone ?
Au contraire, je suis beaucoup trop jeune pour être un Rolling Stone ! Il faut avoir 80 ans pour être un Rolling Stone. Ils ne me prendraient pas. Avec Valérie, nous avons rencontré deux maisons de disques à Paris, intéressées par le projet « Woohoo ». Les deux nous ont tenu un peu le même discours, nous disant qu’ils ne signaient plus que de la musique urbaine. Donc du rap. Aussi qu’ils ne signaient plus d’artistes de plus de 25 ans. Nous nous sommes demandé pourquoi ils nous avaient fait venir. Musique urbaine, il pouvait éventuellement y avoir un doute. Mais moins de 25 ans… C’est en rentrant de ces rendez-vous que j’ai écrit Too Young to Be a Rolling Stone. Je me suis dit que nous avions au moins cette certitude. On est trop vieux pour être signés à Paris, mais on est trop jeunes pour être des Rolling Stones.
Tchô, Zep. Et Merci !
Zep au Château de Saint-Maurice
Exposition à découvrir jusqu’au 17 novembre 2024
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