Passée l’annonce des programmes pour les grands rassemblements musicaux de l’été est donc venue l’heure du bal des accréditations. En gros, pour les journalistes, photographes et plus largement professionnels des médias, il est temps de soumettre aux organisateurs les concerts que chacune et chacun souhaiterait couvrir. En somme, en mai, demande aux festivals ce qu’il te plaît.

L’occasion aussi de jeter un œil dans le rétroviseur, pour se replonger dans les éditions précédentes. Se remémorer bien sûr des performances de haut vol, parfois aussi les petits accrocs. Mieux : ces petits « à-côté » qui rendent quelques soirées spéciales, mais qui passent le plus souvent inaperçus.

Parmi ceux-ci, on évoquera ici le concert de Kiss, l’an dernier, sur la grande scène de Paléo. Non pas pour redire tout le bien que nous avions pensé du show, mais pour se souvenir, le sourire aux lèvres, de « l’outrecuidant ».

L’outrecuidant, c’est celui que les autres photographes autorisés dans la fosse ont vu passer devant leurs objectifs, alors que les plateformes étaient interdites. Du coin de l’œil, on le voit alors bondir. En l’espace d’un millième de secondes, les idées s’entrechoquent : « qu’est-ce qu’il fout ? » – « on nous a bien dit qu’on ne peut pas monter » – « il va se faire virer par la sécu » – « c’est quoi ce binz ? ». Le millième de seconde d’après, les yeux s’écarquillent, la situation devient limpide. Il s’agit maintenant de rester focus, on a un concert à shooter.

Quelques minutes plus tard, 23h17 très exactement, les photographes sont raccompagnés hors de la fosse. Kiss autorisait notre présence sur les deux premiers titres uniquement. 23h18, sous la grande scène, un message fuse, direction Marco (protagoniste d’une malheureuse intrigue porte-monnaisque, en 2010, au beau milieu du concert de Motörhead, là aussi à Paléo), dans le public, quelques dizaines de mètres plus loin : « Mec, y a Ross Halfin ».

Rock and roll, jusqu’à l’Halfin

Qu’on s’explique. 23h18, nous sommes encore sous la grande scène, à peine sortis de la fosse. Avec la joie d’avoir pu capturer un instant dingue. La présence de mastodontes du rock, à domicile, dans le cadre de leur tournée d’adieux. Mais à l’instant en question, c’est aussi cet « à-côté » qui nous transcende. Aussi, et presque surtout. L’outrecuidant, qui s’avère ne pas être une tête brûlée (malgré la prolifération d’effets pyrotechniques), mais la rock star des photographes rock : Ross Halfin. Ross Halfin, qui depuis plusieurs décennies a photographié les plus grands. Tous. Qui fait partie du cercle, qu’on suit sur les réseaux depuis bien des années (600’000 abonnés environ sur Instagram et Facebook), à liker ses publications, à s’émerveiller devant quelques clichés d’exception et dont on achète les ouvrages. Lui à qui l’on doit quelques images devenues iconiques dans le milieu. Lui avec qui, une belle nuit de juillet 2022, on a partagé la fosse.

Alors évidemment, on jalouse un peu la présence. Ross Halfin accompagne Kiss sur plusieurs dates. Dont celle de Nyon, au Paléo Festival. En tant que membre élargi du groupe, zéro restriction. Full access, il va où il veut, quand il veut, sur l’entier du concert. Mais on se réjouit surtout d’avoir partagé l’espace du bonhomme. Celui qu’on médit autant qu’on se délecte de ses clichés. « Mec, y a Ross Halfin ». Cinq mots qui vont à l’essentiel. Rien à dire de plus. Rien à dire de moins. On sait aussi qu’ils feront mouche, que le récepteur captera la portée. Un à-coté qui restera gravé au même titre que les dix minutes durant lesquelles nous avons pu photographier un groupe de légende. Un micro-moment de grâce, instantanément partagé. Rock and roll, jusqu’à l’Halfin.

David Trotta || Lundi 8 mai 2023

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