
Le Montreux Jazz offrait hier soir un plateau rock de légende, avec deux icônes du genre, Alice Cooper et Deep Purple, qui se sont imposés en grands maîtres de leur(s) sujet(s). Critique.
Les appels à se serrer sur la Place du Marché afin que tout le monde puisse investir les lieux ne trahissaient pas les attentes d’un public venu en masse pour assister à la grand-messe rock que promettait l’affiche montreusienne du soir. Avec Alice Cooper, pape du shock rock et Deep Purple, signataire de l’un des grands hymnes de l’histoire du rock en même temps que celui de Montreux, les planètes jouissaient d’un alignement tout indiqué.
Cooper en premier. Alice, maquillage dégoulinant comme cette vieille tante un peu déglinguée qui devient fauve une fois l’esprit éthylo-échaudé. Arrivant sur scène sabre à la main pour jauger la foule, depuis son piédestal décadent. Un théâtre rock sublime, que Cooper et les siens projettent au public depuis la scène transmutée en tribunal-église, pour mieux déverser sa bonne parole, si ce n’est son jugement dernier. Niveau décorum, tout y est. Le maître de cérémonie aussi, qui frappe à grands coups des hits jalonnant une carrière vieille de plus de soixante ans. De Poison à Welcome to the Show, en passant par I’m Eighteen et Hey Stoopid. Pour conclure et acter la trêve estivale avec un School’s Out floydesquement transformé.
Un brio qu’on doit aussi et beaucoup à ses disciples. Ceux qui l’entourent sur différents projets, dont Hollywood Vampires. Un combo rugueux aux assises plus solides que le roc. Des bras armés sublimés par l’ouragan Strauss, la virtuose qui accompagne Cooper depuis dix ans maintenant. Nita, qui s’est hissée parmi les guitaristes les plus salués de sa génération, jouant des coups d’plectres avec les plus grands solistes. Sans oublier les tableaux historico-littéraires qui viennent faire d’un concert une pièce barock. Du monstre de Frankenstein à Cooper camisolé puis guillotiné. Enfin debout devant un parterre qui acclame Alice, quand celui-ci grimpe à l’estrade pour devenir, le temps d’un concert, Président.
Feu au lac
Une heure plus tard, la Scène du Lac accueille Deep Purple, autre légende qui doit son statut à plus d’un titre. Même si, au fond, la foule n’en attend qu’un seul. L’unique. Montreux s’apprête à vivre un moment de grâce, quand, peu après 23 heures, les Anglais entament l’un des riffs les plus iconiques du rock, que tout guitariste, amateur ou confirmé, a religieusement révisé.
Au son de Smoke on the Water, composé à Montreux au lendemain du grand incendie qui a ravagé le Casino le 4 décembre 1971, le public scande son hymne. Celui qui, à sa sortie en 1972, plaçait la bourgade snob de la Riviera sur la carte du monde. C’était sans compter sur la surprise que réservait Deep Purple à Montreux, quand, sur les écrans, défilent les scènes caractéristiques du morceau : l’incendie du Casino, le concert de Frank Zappa, Funky Claude (Nobs). Puis l’écran se lève et le public admire le groupe délivrer son tube avec un panache de fumée qui déferle sur le lac. Effet magique dont Deep Purple ne pouvait se passer, jouant pour la première fois Smoke on the Water directement sur le Léman. On the lake Geneva shoreline.

