Drôle et absurde, « Barbie » complète les fables contemporaines

De rose et morose, la poupée Mattel se frotte au monde d’aujourd’hui et son lot de préoccupations dans un film plutôt franchement réussi, malgré ses contours de complainte 2023 par trop banale. Critique.

David Trotta

Engagé et féministe, c’est ce qu’on peut lire un peu partout au sujet de « Barbie », l’un des succès cinéma actuellement en salle, consacré à la poupée Mattel devenue icone de la pop culture. Engagé et féministe ? Oui, mais. Et encore, on n’en est toujours pas complètement convaincus.

À l’ère 2023, impossible d’aborder un sujet pop sans lui adjoindre un paquet de messages sociétaux, voire politiques. Et à ce compte, « Barbie » ne déroge pas à la règle. Alors qu’à Barbieland, c’est toujours la fête dans un univers rose plastique, l’une de ses protagonistes, la version stéréotypée de la poupée, est en proie au doute. Elle devient triste, anxieuse et dévie de la trajectoire figée que ses créateurs lui ont imposée. Pour revenir à la « normale », Barbie doit partir en pèlerinage, dans le vrai monde, pour réparer les failles de celui-ci.

Persuadée qu’elle et ses homonymes, toutes variantes confondues, ont aidé les filles du monde entier, Barbie se frotte et se pique au 21e siècle. Alors que le jouet proposerait aux fillettes de toute la planète de se projeter en tant qu’avocate, médecin, astronaute, présidente ou prix Nobel, à Los Angeles, Barbie est strictement réduite à son essence : une illusion de plastique. Le monde réel est pensé et contrôlé par les hommes, les femmes réduites à la condition d’objet. Une réalité qui fascine Ken, aussi du voyage. Il y découvre une curieuse chose appelée patriarcat, qu’il décide d’importer à Barbieland, pour le transformer en royaume de Ken, où les personnages féminins adulent les hommes, pour redevenir secondaires, femmes au foyer, de ménage, mamans, ou simplement potiches. Morale de l’histoire : le patriarcat, c’est caca. Un garçon, c’est égoïste, bête et méchant. Tout plein.

On ne reprochera évidemment pas à « Barbie » de proposer un discours autant cliché sur les rapports hommes-femmes que celui imposé par l’industrie du cinéma depuis ses débuts, ayant largement contribué à l’infantilisation et à l’objetisation de la femme dans la vie bien réelle. On salue au contraire le fait de vouloir aborder le sujet frontalement. Dommage en revanche d’en faire un thème traité de façon bien trop simpliste et parfois floue, aussi lisse que les poupées, autant Barbie que Ken, qui le portent. À en frôler, à force, le ridicule. Doublement dommage, dans la mesure où le film, au-delà de son « message de société », s’avère foutrement drôle à l’absurde, truffé de pépites, esthétiquement impeccable. Autre cible légèrement manquée : la critique à peine voilée de Mattel, fabricant de la poupée, dont le film moque le marketing, le potentiel émancipateur des filles à travers l’image de Barbie et véhiculé par ses campagnes. Sauf qu’à le rendre omniprésent, on retient surtout un sérieux coup de comm’ pour, voire de, l’entreprise.

À saluer aussi et enfin la prouesse, réelle, de réhabiliter les salles de cinéma, toujours plus délaissées. Avec des séances remplies, pas à ras bord, mais suffisamment pour rappeler une époque déjà lointaine. Avec moult gens qui rient, qui parlent. Et moult gens tout court. Dont celui ou celle à qui on a envie de dire d’arrêter son boucan avec son paquet de cacahuètes chocolatées, qui nous les brise, d’ailleurs, à force de plonger la main au fond du paquet. Mais qui nous avait quand même manqué.

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