
Le Montreux Jazz accueillait coup sur coup deux monstres de la musique, mardi et mercredi sur sa Scène du Lac. Si Kravitz et Sting ont brillé dans des registres différents, les deux artistes ont pourtant abordé leur show de la même manière. Critique.
Si l’édition 2024 du Montreux Jazz touche à sa fin, les festivaliers profitent encore de quelques moments de grâce, avec des têtes d’affiche qui continuent de se succéder sur les scènes montreusiennes pour proposer bien souvent des shows à couper le souffle.
Et la deuxième semaine du MJF ne déroge pas à sa ligne, avec deux concerts qui feront date, mardi et mercredi sur la Scène du Lac, en proposant coup sur coup deux légendes : Lenny Kravitz et Sting. Deux monstres sacrés qui, malgré de multiples venues sur la Riviera, ont délivré des performances de haut vol, chacun dans son registre, chacun à sa façon.
« Salut les voisins, désolé pour le bruit »
Chacun à sa façon, quoique… Car malgré des styles et des carrières différentes, Kravitz et Sting ont tous deux choisi d’attaquer leurs shows par certains de leurs plus grands tubes. Are You Gonna Go My Way pour le premier, Message in a Bottle pour le second. Le grand classique de Kravitz de 1993, sans doute pour annoncer la couleur et jauger la foule, tout comme Sting et l’un des grands hits de sa pléthorique carrière, publié en 1979 avec The Police.
Une bouteille à la mer lancée depuis le Léman qui, malgré un haussement de sourcil mercredi avec Sting un peu à côté de ses énormes bottes en entame de concert, faisait l’effet d’une bombe. Rarement, faut-il souligner, les concerts démarrent par l’énorme tube, que les artistes préfèrent souvent garder en fin de set, voire parfois en troisième position. Comme la Une d’un quotidien et sa célèbre « Page 3 » : le gros morceau.
Alors, quand résonne sur la Place du Marché de Montreux les premières notes de Are You Gonna Go My Way dès les premiers instants du show, c’est un parterre plein à craquer qui rugit. Pareil quand Sting débarque sur scène et qu’il offre en préambule son Message in a Bottle, lui aussi à un public venu en masse. Un art d’attaquer certes étonnant et franchement inattendu, mais de toute grande classe. Histoire de faire un bruit monstre, dont Sting s’excusera rapidement, en fraçais et avec beaucoup d’ironie, en s’adressant aux dizaines de personnes massées sur les balcons alentour.
Un p’tit tube et puis s’en va
L’art d’attaquer certes, mais l’art de bien conclure aussi. Un peu comme la chute d’un article, ou le dessert, que les plus grands chefs se doivent d’assurer pour que le client, une fois le plat de résistance passé, garde en bouche une ultime note qui s’éternisera sans gâcher l’entier du festin. Ce moment tant attendu, quand on approche de la fin sans vraiment le vouloir, à attendre l’explosion, tant gustative qu’auditive.
Hier soir à Montreux, c’est avec Every Breath You Take que Sting lançait la fin des festivités. À 22h54, les écrans s’éteignent et la foule commence à se disperser, alors que les musiciens s’apprêtent, après la pause de rappel attendue, à asséner le coup de grâce avec Roxanne puis Fragile. Qu’importe pour celles et ceux sur le départ, dont un certain nombre ne sera venu que pour un seul titre. Le plus grand, évidemment.
Un départ anticipé qui rappelle aussi le concert de Deep Purple une semaine plus tôt sur la même place. Quand les Anglais débarquent leur hymne. Sur Smoke on the Water, c’est une marée de smartphones qui se lève, vite rangés dans la poche une fois le morceau terminé et le moment à publier sur les réseaux enregistré. Dommage, ne peut-on s’empêcher de penser. Quand résonne encore dans la pénombre montreusienne deux mastodontes du groupe : Hush puis Black Night. D’un calibre moindre certes, mais immanquables au demeurant. Qu’importe, dès lors que les musiciens ont réussi leur coup d’une main de maître, pour mieux laisser un public conquis s’en aller dans une nuit noire sur Montreux fraîchement installée.

