Avec Paléo qui vient de démarrer sur les dernières notes d’un Montreux entièrement revisité, c’est peu dire que la période des festivals romands, comme tous les ans au cœur de l’été, est bel et bien lancée.

La kyrielle de manifestations musicales, toujours plus dense d’année en année, voit aussi revenir la multitude de chroniques commandées par les plateformes d’infodivertissement, en interne ou externalisées, et sur nos murs déferler. Un genre connu pour amuser la galerie, en profitant si possible d’une plume humoristique médiatico-acclamée. Un exercice de style qu’on aime souvent, sauf quand il devient éthylo-normé. Désormais éthylo-éculé. Sans âme, ni « n », mais avec violence.

Qu’est-ce à dire que ceci ?

À regarder de près, plus qu’un œil critique inhérent au genre, la chronique se mue toujours plus en un spleen qu’il conviendrait de traîner. Sans même ouvrir un quelconque article, on sait bien avant le lancement des hostilités que le propos consiste à tout démonter. D’une manière ou d’une autre, dire que tout est à chier. On n’aime pas le carré VIP, on n’aime pas les festivals, on n’aime pas le microcosme médiatico-politico-culturel. Dans le texte pour le moins. On aime surtout dire qu’on n’aime rien, avec un max d’alcool dans le gosier.

On notera cependant que ces mêmes critiques, par-delà le mot, ont le sourire jusqu’aux lèvres quand il s’agit de recevoir une invitation pour la zone privilégiée. Tout comme ils sont souvent les premiers à se jeter sur les petits fours, systématiquement dégueulasses rabâchent-ils à longueur d’événements, une fois ceux-ci arrivés. Pareil pour les coupes, surtout quand il est question ensuite de dire combien de verres on s’est enfilé. Apparemment, picoler à outrance et régulièrement, ça fait chic. Surtout au moment de torcher un texte qui se veut choc.

Pratique pour le moins curieuse, alors que la chronique a précisément pour vocation de faire office de poil à gratter, elle devient toujours plus une sorte de gigantesque nombril qu’on adore admirer. Dire qu’on est les meilleurs en assassinant sur papier l’abruti alentour. Souvent celui ou celle qui nous aura coupé l’herbe, à défaut d’autre substance, sous le pied. L’ultra tendance bobo. Parce que quand l’attention se porte ailleurs, qu’on oublie de nous dire ô combien nous sommes merveilleux, ça nous en fait un gros. Alors, de picole, on augmente la quantité.

Là où en réalité les textes dérangent, bien au-delà du bon mot simplement pour faire du bon mot, c’est que rarement ces mêmes plumes daignent quitter, ne serait-ce qu’un instant, leur piédestal en papier mal mâché. C’est tout moisi, mais pas question de lâcher sa flûte, si ce n’est pour qu’un gueux vienne nous la refaire déborder.

Tout en continuant de grossir le trait, il serait en revanche de bon ton de tempérer les excès de mauvaise foi, histoire de préserver un peu le sien. Et pour faire croire qu’à la fête, on y a vraiment participé. Préciser que le morceau sur lequel on s’est tiré n’est en réalité pas le dernier du show, mais celui sur lequel on a préféré se barrer pour prendre un train plus tôt, vu que dans le suivant, on risque d’être entassés comme des bestiaux ; citer ses titres références, en s’assurant qu’ils existent vraiment ; arrêter de faire croire qu’on déteste le gotha alors que pavoisant au milieu du cercle, on bave à la moindre coupette gratos qu’on nous fait miroiter.

Cesser de défoncer à tout-va uniquement pour se faire mousser, alors que celle de son énième bibine n’est pas encore retombée. Dire à qui veut bien l’entendre que tout est caca, tout est boudin, surtout quand on passe son temps à rêver d’une putain de paire de Louboutin.

David Trotta // Jeudi 25 juillet 2024

2 Comments on “Sniper comme jamais”

  1. J’ai l’impression que les bobos blasés (pléonasme, je sais) en prennent pour leur grade. On voit les mêmes lors de vernissages. Et c’est le même champagne. Pourtant, la solution est simple : si c’est si nul, pourquoi y aller ? A moins que ce ne soit que des profiteurs (piques-assiettes) ? Mais ça, c’est trop prolo………

    1. Par exemple, du côté de PLANS CULTES, on déteste la coriandre. Alors on n’en mange pas, tout simplement. On ne s’en enfile pas des kilos par camions pour ensuite aller gueuler tous les jours que la coriandre c’est bien dégueu et attendre qu’on nous console.

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