Smells Like Money Spirit

Nirvana, ça vous dit encore quelque chose ? Probablement, si vous étiez ado dans les années 1990. Encore plus si vous étiez fan de rock. Ne serait-ce que connecté au monde culturel, via la presse, la télé, les clips ou MTV.

Et une pochette de disque avec un bébé complètement nu, nageant dans un bassin, vers un billet de un dollar ?

Vous avez la référence. Celle du deuxième album du groupe grunge le plus célèbre au monde. Sorti en 1991, il y a près de trente ans jour pour jour.

Et qui fait largement polémique depuis hier. Avec le dépôt de plainte du gosse, âgé de quatre mois au moment du shooting, bien plus grand aujourd’hui. Et des accusations lourdes à l’attention des membres du groupe : pédopornographie.

Rien que ça. Utilisation d’une image, non consentie, à caractère pédopornographique, à des fins commerciales. On débranche les casques, les amplis et les guitares, et on tend l’oreille. Car, évidemment, avec pareilles accusations, on a l’impression que le disque s’enraye. Plutôt méchamment.

Mais avec le trentième anniversaire de l’album approchant, le protagoniste ayant à plusieurs reprises reproduit la pochette du disque au fil des ans, la somme exigée, le non dépôt de plainte contre les garants de son image alors (ses parents, donc) et le type d’accusations proférées (il est question selon le plaignant et son avocat de pédopornographie, et pas simplement d’un mec qui chercherait à gratter du pognon en masse parce qu’il se sentirait lésé de n’avoir pas touché sa part du gâteau, ce qui serait déjà compréhensible en soi), même les moins complotistes ont de la peine à ne pas interpréter cette action en justice comme une façon à peine détournée ne s’en mettre plein (f)ouilles. Trente ans après les avoir montrées à des dizaines de millions d’amateurs de rock.

Il faudra désormais certes attendre une réponse de la justice américaine. Qui aura donc à décider si, oui ou non, les accusations sont fondées. Et personne ne remettra en question la potentielle souffrance psychologique soulignée par le plaignant. Mais, de grâce, ne jetons pas bébé avec l’eau du bain. Car on aurait bien tort d’oublier le message, aujourd’hui entaché alors qu’il pourrait in fine s’avérer de circonstance, porté par une pochette choc : l’appât du gain et ses effets dévastateurs.

Ne serait-ce que par honnêteté intellectuelle, et malgré une époque où la délation à tout-va va bon train, il serait de bon ton de faire la part des choses. En concédant au désormais trentenaire qu’une partie du succès de l’album, visuellement pour le moins, lui revient indéniablement. Et qu’à ce titre, une part plus conséquente du gâteau pourrait lui être accordée. Mais qu’on cesse de faire des procès d’intention à la catapulte. À vouloir encore et toujours plus faire boire la tasse aux autres, particulièrement par des accusations qui ne manquent pas de laisser incrédules. Parce que le sentiment général parfaitement désabusé qui se dégage après celle-ci ne saurait être mieux résumé que par l’auteur du disque, dans les dernières paroles du morceau d’ouverture : « oh well, whatever, nevermind ».

David Trotta | Jeudi 26 août 2021

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