Marty Stuart ou la beauté de la désuétude

Marty Stuart & His Fabulous Superlatives – Baloise Session 2024. David Trotta © PLANS CULTES

Le bluegrass de Marty Stuart plongeait vendredi soir la Baloise Session dans un périple sudiste qui, d’une époque révolue, fleurait bon les alambics clandestins et l’Amérique des ‘Ricains.

David Trotta

Penser bluegrass, c’est nécessairement convoquer une imaginaire mêlant chapeaux et bottes de cowboys, bals de campagne qui pullulent au creux de nombreuses bourgades du plus profond des États-Unis. C’est aussi, pour qui n’appartient pas au cercle, mythifier une époque où les alambics clandestins conduisaient les producteurs d’alcool de leur grange jusque dans les geôles d’un shérif patibulaire.

Une somme de clichés sans doute, renforcés par des succès populaires portés à l’écran depuis plusieurs décennies. La série « Shérif, fais-moi peur » qui débarquait à la télévision en 1979 puis « Walker, Texas Ranger ». Tout comme « Retour vers le futur III » au cinéma en 1990, qui terminait la saga par une plongée western dans l’Amérique de 1885.

Des symboles auxquels on n’échappe pas quand apparaît sur scène une star du genre. Comme Marty Stuart et ses Fabulous Superlatives, vendredi soir à la Baloise Session. Un groupe qui se présente en formation rapprochée, trois « sidemen » costumés style Sexton, Marty Stuart tout en noir, veste à franges, coupe mulet à faire pâlir plus d’un Valaisan, amateur de chanvre ou non. Le concert, lui, défilera sans anicroche. Tel qu’on s’y attend. On y retrouvera ainsi des musiciens de brio, maîtres tant aux guitares qu’à la contrebasse ou, spécialité de Stuart qui s’illustrera en solo à plusieurs reprises, à la mandoline.

Tout y est, le violon en moins, pour que la soirée se transforme en bal un peu kitsch. Y compris le drapeau américain que le premier rang tend à Marty Stuart lors de sa première sortie de scène. On applaudit autant la performance du soir qu’elle nous rappelle un univers n’appartenant qu’à un seul peuple, dont on moque l’absurde patriotisme. Surtout en période électorale, quand il est question d’une plongée allègrement condescendante chez ces irréductibles ‘Ricains.  

N’en demeure pas moins une beauté qui se dégage, bien par-delà le talent monstre du quatuor. Celle qui entoure un Marty Stuart droit dans ses bottes, continuant une chevauchée démarrée à la fin des années soixante. En compagnie d’un certain Johnny Cash au cours des années huitante, avant d’emprunter la voie du « poor lonesome cowboy », filant toujours vers le soleil couchant. Une désuétude country qui flanque un léger sourire en coin, autant qu’elle force le respect de voir s’échiner sur scène un groupe qui, de la modernité, du qu’en dira-t-on et des railleries, se moque certainement bien.

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