« Les réactions sont directes et souvent sincères »

Comme de nombreux artistes, Walther Gallay s’est prêté à l’exercice du concert en direct sur Facebook. Une solution pour égayer le quotidien en période de confinement, comme il l’explique à PLANS CULTES.

David Trotta

Avec les nombreuses mesures que prennent les différents États pour limiter la propagation du COVID-19, les réseaux sociaux se transforment en théâtres virtuels pour de nombreux artistes. Après les appels à respecter les règles d’hygiènes, place au temps du confinement. Encourageant ainsi bien des artistes à se produire depuis chez eux. Comme l’ont par exemple fait Jean-Louis Aubert, Patrick Bruel, Henri Dès ou hier encore Walther Gallay, chanteur, guitariste et fondateur du combo rock français Café Bertrand. Interview.

Walther Gallay, commençons par le commencement dans ce contexte particulier. Comment ça va ?

Ça va pas mal. Comme tout le monde, je fais avec. On essaie de trouver des solutions pour égayer un peu le quotidien.

Parmi celles-ci, il y a le live numérique.

Exactement. J’ai vu pas mal de monde en faire. Ça existait évidemment avant ce confinement, mais je constate une recrudescence du live numérique. Même si presque tout le groupe se trouve actuellement dans la région, nous préférons ne pas nous voir. Comme je fais partie des personnes sensibles, j’évite d’attraper quoi que ce soit. Je me suis donc dit que j’allais essayer quelque chose. Et nous travaillons sur des démos, à distance, avec Café Bertrand. Comme La foire des oubliés, un titre qui me tient à cœur, parce qu’il sonne bien dans le contexte actuel, même s’il n’a pas été fait pour. Le morceau a été composé en décembre 2019, c’est une maquette que nous continuons de faire évoluer. Ce live m’a donc permis de voir ce qu’en pensaient les auditeurs.

Pour vous, il s’agissait d’un premier live, proposé hier sur votre page Facebook. Qu’en avez-vous retiré et quels retours recevez-vous concernant La foire des oubliés, diffusé en exclusivité pour vos fans ?

C’est la première fois que je me prête à cet exercice. Parce que tout seul, je n’ai pas le niveau de Café Bertrand. Mais j’avais la chance d’avoir ces instrumentaux avec moi, alors j’ai lancé le live avec ce morceau. Je pense que beaucoup de gens qui ont suivi ce live connaissaient déjà Café Bertrand. Autant envoyer quelque chose de qualité plutôt que seulement des reprises ou une compo vite torchée. Les retours sont bons, je reçois encore des messages en ce moment. Beaucoup valident ce titre. Les réactions sont directes et, je l’espère, souvent sincères. Ce qui me donne confiance pour l’album à venir.

Peut-on en savoir plus ? Par exemple une date de sortie.

Vu ce que nous rencontrons et connaissons tous chacun de notre côté, nous avons décidé de sortir un single deux titres avec La foire des oubliés et un autre morceau qui s’appelle K.O. Concernant l’album, comme notre studio est en ce moment en plein réaménagement, nous avons décidé de l’enregistrer tout au long de l’année. Pour essayer aussi peut-être un peu de coller à ce qui va se passer, ou pas. Être un peu plus dans l’actualité que dans la poésie pure. Je continuerai de proposer de la poésie dans ces textes évidemment, mais nous souhaitons que l’album ait l’essence de cette année 2020. Nous aimerions le sortir début 2021. Raison pour laquelle, pour faire patienter les copains, nous publierons le single deux titres cette année encore, soit cet été, soit en septembre.

Pour l’heure, vu la situation, la musique live passe par les canaux numériques. D’autres s’y sont mis, comme Jean-Louis Aubert, Neil Young, Bono ou Henri Dès pour les plus petits. Quel regard portez-vous sur la prolifération de ces actions ?

Je pose un regard forcément satisfait. Même si la situation est un peu tendue. En France, l’intermittence nous permet de vivre de ce métier. Nous devons faire quatre concerts par mois en moyenne pour jouir de ce statut. Au total, il s’agit de quarante-trois concerts en douze mois. Ça paraît peu, mais quand une situation telle que ce que nous connaissons maintenant, les choses deviennent plus compliquées. Nous avons beaucoup moins de temps pour les réaliser. Les acteurs de la culture, en France, ont été considérés en dernier. Qu’il s’agisse des acteurs, des chanteurs, des compositeurs, etc. Nous nous sommes posé beaucoup de question en voyant la fin de mois arriver. Le Minsitère de la culture n’a validé que jeudi le fait de pouvoir reporter la date à laquelle nous devons avoir réalisé les concerts. Ce n’est que justice, parce que nous avons dû reporter de nombreuses dates depuis mars. Reste que ces différentes actions prouvent que les artistes travaillent avec le cœur. Bien sûr, nous vendons des disques pour gagner nos vies, bien sûr faisons des concerts à entrée payante. Nous sommes aussi capables de simplement faire de la musique et d’offrir des moments sympas. Mais il faut être clair. Depuis l’apparition d’Internet, nous ne gagnons plus vraiment nos vies avec le téléchargement ou le streaming. Ça n’a rien à voir avec la vente d’un album physique. Ce qui prouve aussi que les artistes ne sont pas à ça près.

Être présent sur la toile, c’est aussi une manière de toucher un plus large public, ou simplement un public qui ne vous connaît pas. Non ?

Bien sûr. Il est évident que le téléchargement nous a fait très mal. Mais c’est paradoxal. C’est difficile de ne pas être noyé dans la masse sur Internet. Il y a tellement de gens qui postent, qui créent des chaînes ou des groupes. L’accès aux outils est très facile. Maintenant, les jeunes peuvent réaliser leur propre clip et le monter avec un super logiciel ou réaliser un album à la maison. Nous, on fonctionne encore à l’ancienne. Nous avons une maison de disque, nous enregistrons dans des studios, ce qui nous prend du temps. Alors que les jeunes sont beaucoup plus dans l’urgence avec Internet et y sont habitués. Je connais évidemment Internet depuis sa création et je l’utilise aussi depuis le début, mais je n’y ai jamais porté un amour fou. Je préfère la relation physique avec les gens, les rencontrer pendant les concerts. Mais je découvre aussi beaucoup d’artistes avec Internet. J’aime particulièrement le monde indépendant. Parce que les grands, on les connaît. Ce sont les mêmes que les radios nous assènent quinze fois par jour, et on est souvent loin du rock’n’roll. Pour le rock et le rock français, ça peut effectivement élargir l’auditoire. Je l’espère en tout cas.

Dans cette période particulière, on voit aussi apparaître de nouveaux slogans, comme « s’en sortir sans sortir ». Est-ce que toute cette culture que vous proposez en ligne incarne ce slogan ?

Je ne connaissais pas ce slogan, mais c’est un beau jeu de mot. Pour ce qui est de s’en sortir, personnellement, je ne veux pas faire de catastrophisme. Comme tout le monde, je ne peux plus aller voir de concerts. Ces vidéos sont donc un vrai régal. Aubert a fait de super lives. Bruel aussi. Il serait intéressant que les réseaux s’associent pour proposer la diffusion de ces concerts sur tous les canaux en même temps, pour que le simple internaute perdu sur la toile ne soit pas obligé de partager vingt-cinq mille fois et de souler les gens.

Quand peut-on espérer vous revoir en Suisse ?

Lors de notre dernière petite tournée, en février, nous avons fait un arrêt vers Genève où se trouve la marraine de Café Bertrand. Nous nous sommes rendu compte que cela fait plusieurs années que nous n’avons pas joué en Suisse. Ce qui me manque. Je suis né à Thonon-les-Bains, j’ai beaucoup de famille en Suisse, et je passais à l’époque la frontière quand il y avait encore une heure de décalage entre la France et la Suisse. J’ai aussi eu un salon de coiffure à Nyon pendant trois ans. Je suis en vrai fan de la Suisse, j’y finirai ma vie. Jouer en Suisse me tient à cœur. J’adore les Suisses. Comme les Belges, vous avez une sympathie, une empathie naturelle. Vous respectez les gens. Je ne trouve ça nulle part ailleurs que dans ces deux pays.

Donc un plaisir particulier à vous produire ici.

Oui, vraiment. Si je ne me trompe pas, notre dernière date en Suisse remonte à très longtemps, à mai 2010 dans le cadre du Long’I’Rock festival. On s’était éclatés, ce concert était génial. Nous avons ensuite beaucoup joué en France et connu quelques soucis de changements de musiciens inhérents à tout groupe. Ce qui nous a aussi retardé. Mais revenir en Suisse le plus vite possible fait bien partie de nos projets.

Et le prochain live numérique ?

Vendredi à 17h. C’est une bonne heure, parce que beaucoup d’autres ont choisi 18h. Juste avant l’apéro du week-end, c’est pas mal.

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J36 , Comme promis, un titre en mode duo #homeband :  #KO de #CafeBertrand , une démo inédite jouée en acoustique et qui se retrouvera en version électrique de notre double single à venir, dès que les conditions nous permettront de rentrer en studio ! L'autre titre est #lafoiredesoubliés , si cette vidéo vous plait, on fera peut-être de même avec ! Pour rappel, on jouera à quatre, tout le band, en mode homeband, 6 titres extraits de nos albums, en acoustique aussi, dans le cadre du Confin Music Festival le 2 MAI 2020. Nous partagerons cette expérience entoilée avec d'autres artistes, ne ratez pas le rancard, un EFest en soutien aux Hopitaux de Paris Merci pour vos commentaires, partages et likes rockers, ils nous exposent mieux sur la toile, et vu qu'on est déjà privé de sorties jusqu'à la rentrée ^^ #stayhome #staysafe Chant / Backings : @walthergallay Guitares : @valentincarpin Paroles : Walther Gallay – Musique : Valentin Carpin/ Walther Gallay / Alain Perusini / Yuri Quintero – Tous droits réservés Café Bertrand 2020 (c) #Cafebertrand #CafB #duocafb #accoustic #rockfrancais #rock #acousticrock #composition #chanson #inedit

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