
La grand-messe blues du Montreux Jazz 2025 ravivait la mémoire de Stevie Ray Vaughan, à travers deux de ses plus grands disciples. Et surtout deux de ses musiciens.
Voodoo Child. L’un des grands classiques de Jimi Hendrix. Il en fallait si peu à Kenny Wayne Shepherd pour terminer son set hier soir sur la Scène du Lac. Pratiquement 15 minutes à déballer sa virtuosité et rendre hommage à l’un de ses pères spirituels. L’effet « waouh » à grand renfort de Wah Wah, pendant lequel le guitariste se transcende, au terme d’un concert où Kenny apparut comme sideman de son propre groupe.
Hendrix convoqué donc hier soir du côté de Montreux. Mais pas seulement. Il fallait aussi compter sur la présence mémorielle du grand Stevie Ray Vaughan. Comme certains dans la foule le remarqueront dès les premiers instants. Mais surtout quand, à l’heure de jeu, Joe Bonamassa, deuxième concert de la soirée, entame la présentation de son groupe et invite Kenny Wayne, son « ami depuis plus de 25 ans », à le rejoindre sur scène. En rappelant au passage que Kenny compte dans ses rangs Christopher Layton à la batterie. Quant à Joe Bonamassa, c’est à Reese Wynans que l’artiste choisit de confier les keys de son groupe.
Ce rêve blues
« Kenny et moi disons toujours que nous sommes deux connards parmi les plus chanceux de la planète, parce que nous jouons chaque soir avec deux membres originaux de Stevie Ray Vaughan and Double Trouble », lâche-t-il simplement, avant l’arrivée à ses côtés de Kenny Wayne, pour une jam sur Pack It Up de Freddie King.
L’esprit blues est à l’œuvre. Celui qu’on retrouve toujours chez les plus grands, de BB King à Eric Clapton, en passant par Rory Gallagher, Gary Moore ou Buddy Guy, qui invitait Bonamassa à le rejoindre sur la scène du Stravinski, en 2023. Cet amour du partage, cher aux musiciens, d’une époque et d’un genre qu’on pense parfois révolus. Pourtant bien présents et bien vivants, hier encore, du côté de Montreux. Avec Joe Bonamassa et Kenny Wayne Shepherd. Qui se mettront en retrait pour laisser toute latitude aux leurs. Josh Smith (guitare), Jade MacRae (chœurs) et ses fulgurances vocales qui complèteront la rondeur d’un Bonamassa plutôt crooner. Sans oublier Bobby Rush, invité spécial de Kenny Wayne. Et, évidemment, Chris Layton et Reese Wynans.
Surprise sans en être une, la jam de la soirée aura déroulé comme il se doit. En toute détente. Des musiciens qui reprennent un standard, partagent la scène et s’échangent leurs meilleures lignes. Joe qui s’efface, le temps d’allumer non sans mal un cigare. Jouer l’homme de main pendant que Kenny opère. Avant de reprendre le cours de son concert. Un rêve bleu. On y croyait, forcément. Il n’en fut pas moins merveilleux pour autant. Pour prouver encore, s’il fallait s’en souvenir, que le blues est loin d’appartenir à un autre temps.
