
De retour à sa formule initiale, Jane’s Addiction transformait hier soir les Docks en Mecque alternative.
Oui, Dave Navarro était bien là. Sur les coups de 21h30, samedi aux Docks de Lausanne, aux côtés de Perry Farrell, Eric Avery et Stephen Perkins. Malgré toutes les vidéos de la tournée européenne de Jane’s Addiction en cours, montrant le guitariste star sur scène avec son groupe de presque toujours, la récurrence de la question pouvait instiller le doute. Mais c’est bien Navarro, boots relevées jusqu’aux tibias, gilet ouvert sur la myriade de tatouages qui remplissent le haut de son corps, chapeau vissé sur la tête, yeux noircis, qui pointait le bout de sa PRS, au lendemain de son 57e anniversaire.
Un côté animal, sombre et imprévisible, qui collait à merveille avec le début du show, lancé sur Kettle Whistle (et non Ted, Just Admit It…, comme le laissait penser la lente marche des tambours) issu sur l’album du même titre, première « compilation » de Jane’s Addiction parue en 1997. Nothing’s Shocking, malgré les percussions qui s’installent plusieurs minutes durant, avant que le groupe n’apparaisse. Et qui ne cessent d’accélérer, histoire d’installer l’ambiance qui allait suivre tout le reste de la soirée, donnant même aux Docks un faux air de « Jumanji », pour qui aurait encore la référence. La vraie, la seule, celle qu’on aurait préféré unique.
La bête à quatre têtes
D’une entrée en matière planante, Jane’s Addiction fait rapidement place à ses sonorités plus bestiales, en enchaînant avec Whores, issu du premier live enregistré du groupe en 1987 déjà, ou Pigs in Zen, aussi sur « Nothing’s Shocking ». Le tout offrant le melting-pot sonore signature de Jane’s Addiction. Son côté feutré et rugueux, droit et kaléidoscopique, indépendant et foutrement addictif. Des antagonismes qu’on doit à un collectif d’une efficacité redoutable, transportant son public d’une image à son négatif. Sans pour autant se perdre, malgré les colorations plurielles de Dame Jeanne.
Une facilité de sauter du rock à l’âme, parfaitement assurée par chacun des membres, tous d’une justesse de ton étonnante. La guitare de Navarro qui sait à la fois napper les titres que les faire rugir, la batterie de Perkins qui tonne autant qu’elle enrobe, la basse d’Eric Avery (de retour depuis peu avec le combo) qui oscille entre la chaleur d’une mélodie et l’intransigeance d’un char d’assaut, la complainte de Farrell tantôt chamanique, tantôt candide. Bien plus que le chanteur lui-même, son air toujours plus maladif (et torché), alternant entre parenthèses pour évoquer le Léman ou Chaplin et le goulot de la bouteille qu’il exhibe fièrement.
Jane’s Addiction, c’est tout et son contraire. Sorte de bordel merveilleusement organisé pour garantir un moment où on se laisse attraper par le col et entraîner d’un endroit à un autre. Un voyage dans lequel on veut s’embarquer, seulement si le groupe veut bien nous y emmener, dirait sans doute Jane, dans une version alternative. Pour offrir, samedi aux Docks, une odyssée savoureusement addictive.


Le concert n’a pas commencé par « Ted, just admit it » qui a été joué en milieu de concert
Oui c’était Kettle Whistle ! Les tambours d’intro qui nous ont mis dans le jus (et notes non modifiées après coup ;-))