Iggy : trait d’union Pop entre punk et Montreux Jazz

Iggy Pop – Montreux Jazz Festival 2023. David Trotta © PLANS CULTES

Iggy l’Iguane s’est imposé en crooner punk, tel le vieux singe qui murmurait à l’oreille de Montreux. Critique.

David Trotta

Murmurer, n’exagérons rien. N’en demeure pas moins qu’Iggy Pop, tête d’affiche hier au Montreux Jazz Festival pour la soirée punk, s’est montré déconcertant, multipliant les registres, pour proposer de sublimes tableaux. De la douceur feutrée du jazz, à la rugosité crasse du punk le plus malicieux et sauvage qu’on lui connaisse.

Arrivé sur scène bottines aux pieds, pantalon de costard, il ne lui faudra que quelques secondes pour faire tomber le gilet et s’imposer en véritable maître de cérémonie. Le tout sur une bande sonore aux relents d’apocalypse. Iggy enchaîne rapidement quelques classiques, T.V. Eye, Raw Power, Gimme Danger, surmontés d’une section cuivre. Véritable passage de témoin, c’est l’immortel Passenger qui ouvre la voie vers des registres plus jazz, façon big band. Quand le groupe, notons tout de même qu’ils sont huit sur scène, change le ton, à mi-chanson, pour offrir une déclinaison type Tom Jones ou Sinatra.

Iggy s’amuse, Iggy amuse. Et avec Lust for Life, morceau d’ouverture de son second album solo (1977), Iggy trouve sa muse. Lorsqu’il repère un môme, qu’il fait grimper sur scène, danser, chanter, pour mieux faire rugir l’Auditorium Stravinski conquis, mais pas encore rassasié. D’autant qu’Iggy Pop n’en a de loin pas terminé. Place au bain de foule sur DeathTrip, avant de calmer le jeu, avec un sublimissime Sick of You. Nouveau tour de passe-passe, naviguant d’un registre post-fin du monde à une explosion de rage que seul un élan de vie peut susciter. Puis de tomber à genoux pour continuer à ronger l’os qu’il n’a toujours pas lâché, de cracher un merveilleux I Wanna Be Your Dog que le public lui aboie en retour, et de se redresser pour faire bouillir la salle avec Search and Destroy.

Tonalité en contrastes, elle durera jusqu’à la fin, passant d’un festif Nighclubbing jusqu’au très récent et fuzzy Frenzy, issu de son dernier album en date, paru en janvier. Véritable tour de force, sans jamais tomber dans la farce, d’un Iggy incarnant toujours, avec fougue et brio, l’irrévérence maligne digne du parrain du punk que beaucoup aujourd’hui vénèrent encore, que l’on soit Montreux Jazz ou Pop.

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