Sauf, peut-être, au bout de certains doigts toujours plus prompts à écrire des conneries plus vite que leur ombre. Ou à faire tourner des pizzas surgelées au micro-ondes (faites pas ça, c’est dégueu). Vous savez, celles qui sont plates, comme la Terre.

En clair, oui, un nouvel édito qui a pour origine une polémique sur les réseaux. Ce mégaphone qu’on s’empresse de brandir pour… en fait, on sait pas vraiment pourquoi. Gueuler, certes, mais quoi ?*

Ici, l’IA. Le grand méchant loup. La grande méchante louve (n’offensons personne). Ce truc dont on ne sait pas trop ce que c’est, mais qui se trouve sur le bout des lèvres de tout le monde. Ce machin immonde qui a généré le tout dernier titre des Beatles sorti hier, lit-on à outrance, dans de nombreux commentaires souvent issus d’ânes sensibles.

À la question de savoir si les internautes aiment ou pas « Now and Then », on peine sincèrement à avoir une réponse. Parce que le débat (appelons ça comme ça, c’est plus simple, même si on frôle le mensonge en utilisant ce terme) ne porte pas sur l’œuvre, mais sur le contexte. Alors le contexte, rappelons-le, ça ne fera de mal à personne.

L’église au milieu du vIAge

Passez-moi l’expression. Au fond du non problème donc, la sortie hier d’un « nouveau » et dernier morceau des Beatles. À l’origine, une maquette de Lennon, enregistrée en 1978, chez lui, à New York. Une démo qui finira entre les mains de Paul, George et Ringo, afin qu’ils terminent le travail inachevé de John. Ce qu’ils firent dès 1995. Deux titres « Free as a Bird » et « Real Love », sortent respectivement fin 1995 et début 1996 en single.

Reste encore « Now and Then », plus problématique que les deux autres. Notamment à cause du piano, souligne McCartney dans un court film diffusé mercredi sur les comptes des Beatles, qui explique le processus de création. La technologie back in the nineties ne permet pas de séparer la voix de John de l’instrument, le tout enregistré sur une simple cassette. Alors que Paul, George et Ringo ont déjà apporté et enregistré leurs contributions à ce qu’ils imaginent pour rendu final. La basse, les guitares et la batterie, inexistantes sur la démo de Lennon (piano-voix). On range alors tout au placard.

2021 sort un doc réalisé par Peter Jackson (un type qui a réalisé une trilogie cinéma un peu underground au début des années 2000). Pour cela, avec ses équipes, ils créent et s’aident de la technologie, du machine learning. Notamment pour isoler les éléments d’une bande sonore. Un truc technique dont on pige pas trop le fonctionnement. Sauf que. Puisque c’est possible, autant en profiter pour ressortir « Now and Then » des tiroirs. Et isoler la voix de John du piano, « ce qui a toujours été le problème », explique encore McCartney. Bingo, ça marche. Eurêka, pour paraphraser un certain AImède. Paul et Ringo reprennent là où ils s’étaient arrêtés. On réenregistre les instruments, on récupère les guitares de George sur les bandes de 1995, on pose la voix de John. C’est fait. Le dernier morceau des Beatles est né.

Pas de quoi fouetter un chIA

Passez-moi l’expression. Concrètement, la démo a été réarrangée, notamment par McCartney. Ce que dit aussi Sean Ono Lennon, le fils de vous devinez qui et qui. « J’aime le pont qu’a créé Paul. Plus que tout, il me fait penser à une chanson des Beatles, parce que c’était la façon dont ils avaient l’habitude d’écrire ensemble », livre-t-il.

S’il devait y avoir débat, il devrait se concentrer sur ce seul et unique point. La façon de retravailler le morceau par McCartney. Non que le résultat soit mauvais. Chacun jugera. Mais contrairement aux sessions de travail back in the sixties, John n’a plus son mot à dire. Depuis un triste soir de décembre 1980. Qu’aurait pensé Lennon de la version finale ? Impossible de le savoir. « Now and Then » aurait-il ces contours si Paul et John avait travaillé ensemble, dans la même pièce ? Impossible de le savoir. Fallait-il sortir cette chanson avec pareilles questions qui demeureront à jamais sans réponse ? C’est bien là le cœur de la chose.

Et l’IA là-dedans ?

Accélérons maintenant avant de conclure. Grâce à la technologie développée par Jackson et ses équipes, Paul dispose de la voix de John. Il peut donc en faire ce qu’il veut. Elle n’a pas été créée artificiellement. Elle fut isolée depuis une bande, originale et bien réelle, puis travaillée, avant d’être mise sur l’arrangement de Paul. Travaillée ? Mixée, masterisée. Comme toutes les chansons au monde et les pistes qui les composent. À y voir de l’IA là-dedans, c’est comme vouloir faire entrer des carrés dans des ronds chez la pédopsy ou la logo. Au sens propre.

Par IA, surtout quand on a envie de la défoncer (mais poliment, et après lui avoir demandé son consentement, ça va sans dire), on entend justement toute cette dimension artificielle. Ce qui n’existe pas mais que crée la machine. Un exemple sorti plus tôt cette année ? Johnny Cash version robot à qui on fait chanter Barbie Girl. Drôle et franchement bien réalisé.

Pareil avec « Now and Then » ? À ce compte faudrait-il produire les mêmes critiques navrantes au sujet de n’importe quel enregistrement, passé par une phase de mixage et de mastering. En gros, tout ce que la création nous a apporté de musique enregistrée jusqu’à aujourd’hui. De l’idée d’un auteur jusqu’au résultat qu’on s’enfile (poliment et après avoir demandé le consentement) dans les oreilles, le tout est passé et repassé dans les machines, à travers ordis, robots et bandes. Nous aurions profondément tort d’oublier que tous ces jolis programmes, qu’on utilise au quotidien, entrent eux aussi dans le grand bain de l’intelligence artificielle.

À moins, évidemment, qu’on préfère, comme souvent à travers un clavier, faire preuve de la plus grande des malhonnêtetés intellectuelles. De loin pas artificielle.

*Pour les prochains coups de sang, une simple p’tite suggestion empruntée à Guethenoc (Kaamelott – La Révolte III). Parce que quand on gueule sans savoir pourquoi, ça facilite pas la négociation derrière. Alors, cette fois-ci, essayer un truc nouveau. Avant d’aller gueuler, bien définir pourquoi qu’on gueule. Arriver à mettre un nom, un vrai, sur ce qui ne va pas, avant d’aller foutre l’IA merde.

David Trotta // Vendredi 3 novembre 2023


Liste non exhaustive des outils issus de l’IA nécessaires à la rédaction et à la publication de cet édito :
– MacBook Pro
– Microsoft Word
– L’Internet mondial
– WordPress

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