Frank Carter: la grenade dégoupillée qui réarme les Sex Pistols

Sex Pistols feat. Frank Carter – Paléo Festival 2025. David Trotta © PLANS CULTES

La légende punk Sex Pistols est de retour aux affaires, avec le Rattlesnake Frank Carter pour s’emparer d’un micro abandonné de longue date par Johnny Rotten. Pari payant, mais pari risqué.

David Trotta

Tel un serpent à sonnette, mieux vaut ne pas trop bouger et retenir un peu son souffle quand Frank Carter approche. Lui qui, avec Joe Talbot de Idles, s’est imposé comme emblème de la nouvelle génération punk, peut mordre à tout moment. Exploser, comme cette dynamite instable qu’il convient de soigneusement manipuler.

C’est pourtant bien Carter que les Sex Pistols ont choisi d’intégrer depuis l’an dernier dans leur chargeur, pour reprendre le micro laissé depuis plusieurs décennies par John Lydon, aka, Johnny Rotten. Lui donc qu’on retrouvait samedi soir à Paléo, scène Véga, pour redonner voix à la légende Pistols. Une vraie, cette fois, contrairement à 2023, quand les Sex Pistols s’entouraient de Billy Idol, le temps d’une tournée Generation Sex sympatoche, mais dont, honnêtement, le résultat ne nous secouait de loin pas les balloches.

Avec Carter, Steve Jones (guitare), Paul Cook (batterie) et Glen Matlock (basse) reprennent le cours d’une histoire anarchique qui depuis sa naissance fut vouée à ne pas connaître de lendemain. Armés d’un chien fou qui, sans raison, peut vous cracher un improbable venin.

À Paléo samedi, c’est évidemment le combo mythique que la foule voulait voir. En témoignent les innombrables t-shirts « Never Mind The Bollocks » qui donnaient une couleur violet-jaune au terrain brunâtre d’un Paléo passablement embourbé. Mais c’est aussi Carter que le public s’est vu offrir, pour ressusciter le seul album jamais enregistré par les sujets galeux de Sa Majesté. Un choix des plus logiques, mais à double tranchant.

D’abord parce que Carter assure le show et envoie les tubes avec la fougue punk digne de l’héritier naturel des Pistols. Aussi parce que Frank se révèle une grenade parfaitement dégoupillée. Malgré une retenue relative de rigueur, mais dont on voit dans le regard de Jones et Matlock, quand le chanteur fonce en direction du public, un brin d’appréhension, sans aller jusqu’à la peur. Lui qui deux ans plus tôt, au même endroit, se payait un long bain de foule.

Carter se contentera cette année de monter aux barricades de la fosse, interdit de plongée dit-il, sans doute par sa propre équipe, aux aguets de l’image de l’artiste. Côté scène, Jones et Matlock jaugent le tout, à finir par se demander quand leur protégé aura fini de ronger son os. Et surtout, s’il ne va pas commencer à le dévorer. À juste titre, quand Carter finira par s’accrocher à la foule, sans qu’on comprenne vraiment par quoi il fut piqué. Des objets lancés en direction de la scène semble-t-il. Peut-être une histoire de téléphone.

Pari risqué, mais pari payant faut-il tout de même avouer. Pour un show moins chaotique que certains eurent pu espérer. Celles et ceux n’ayant toujours pas compris que le quatre-coups d’origine, comprenant Lydon, a cessé de tirer depuis près de cinquante ans. Mais un tout délivré avec une sacrée dose d’honnêteté, pour faire de Paléo ‘Their Way’.

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