Concert massif des Guns, qui transforment Berne en un parterre de Roses

Opération séduction réussie pour les Guns N’ Roses, qui se sont emparés de Berne hier soir, armés de grands classiques et d’hommages multiples. Le combo s’est montré d’une efficacité redoutable. Critique.

David Trotta

It’s So Easy, crachent dès 19h les enceintes de Bernexpo. L’heure à laquelle, mercredi 5 juillet, arrive sur scène l’un de groupes les plus populaires de l’histoire du rock. Et pourtant, au moment de lancer la soirée, rien n’assure que la fête sera simple. On redoute un peu. Les organisateurs ont annoncé qu’il n’y aurait aucune première partie, pourtant les Pretenders assurent le lancement de ce qui s’avérera un gros rendez-vous. Quant à Axl, dont bien des vidéos le montrent vocalement à la traîne depuis un certain temps, miaulant péniblement des mélodies torturées, façon vieux chat diarrhéique dépressif appelant à l’aide, c’est peu dire qu’il est attendu de pied ferme.

Puis viennent Bad Obsession et Chinese Democracy. Les débuts sont propres, un peu robotiques. Ça tourne, mais la machine manque de spontanéité. Tout est rodé, presque trop. Quant à Axl, il reste dans les graves. Stratégie pour éviter la catastrophe ? On ne le saura évidemment pas. Puis vient Slither, première surprise. L’un des classiques issus de la discographie de Slash, enregistré avec les Velvet Revolver. Le groupe prend doucement de l’ampleur, occupe l’espace, installe les fondations. Le groupe se détend peu à peu et commence à donner le ton de la soirée.

Une soirée parfaitement pensée et construite, qui n’aura de cesse de monter en intensité. Avec une tournant radical, à l’heure de jeu, quand Axl laisse le micro à Duff McKagan, bassiste historique des Guns N’ Roses, pour rendre hommage aux Stooges et leur sulfureux T.V. Eye. Le ton monte d’un cran, le Guns N’ Roses lâchent les fauves pour mieux attaquer leurs hymnes en deuxième partie de concert : Civil War, Sweet Child o’ Mine, November Rain, Patience, Nightrain, Don’t Cry. Et de conclure en apothéose avec le très festif Paradise City, après plus de trois heures d’un concert intense.

Des Guns qui auront jalonné leur performance de clins d’œil à leurs amis et pairs. Citons Link Wray et son Rumble, pour introduire Welcome to the Jungle ou Voodoo Child de Jimi Hendrix pour conclure un Civil War dédié à l’Ukraine. Le tout délivré par des musiciens qui donnent et qui se donnent. Duff, l’éternel pilier qui jauge la foule, Slash, doigts magiques du groupe, d’une dextérité implacable, Axl le showman dont, honnêtement, les sorties de route s’avéreront moindres. Une légère fatigue qui se fait sentir dans la voix après deux heures de concert, qu’il passe à traverser la scène de part en part. Mais un tout qui pulse un public nombreux et franchement de la partie, qui a encore du répondant, et largement, encore après trois heures d’un show qui aura su lever tous les doutes. Un parterre de Roses, conquis par une pure opération de séduction massive.

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