C’était couru d’avance. Les escarmouches infantiles, sur la ligne de départ, dès la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris qui ont déjà vu, avant le début des compétitions, décerner leur lot de médailles à une belle brochette de… Devinez la fin de cette phrase grâce au rébus suivant : mon premier commence comme les attributs masculins en argot et mon deuxième rime avec « compétitions ».

Au cœur des choses, le plateau servi par Philippe Katerine au cours des célébrations olympiennes vendredi. Un festin rapidement transformé en bourre-pifs sur la toile, assénés par bien des réacs étonnamment émotifs jusqu’à la moëlle.

Si le patron de X s’en est mêlé, comme d’autres personnalités notamment politiques toujours plus promptes à dégainer qu’un acteur X, la médaille d’or pour l’épreuve des grandes eaux (pas de la Seine, trop polluée pour y accueillir les athlètes) revient de loin à la délégation religieuse selon qui Katerine aurait dévoyé la Sainte-Cène. Guéguerre de religion ouverte donc pour savoir quelle toile la scène représentait-elle. N’en demeure pas moins une levée des boucliers obscène, surtout de la part des plus fervents défeuseurs d’une institution qui a élevé au rang de sport puérilympique ses coucheries les plus malsaines.

Notons au passage que par-delà ce qui fut porté à l’image, Philippe, grimé façon Schtroumpfysos, susurrait un particulièrement pieux message qu’il serait aujourd’hui de bon ton de se mettre à hurler pour faire cesser le tapage. Lui qui doit faire face à une horde de misanthropes en tous genres, alors que Katerine proposait, en ce bas monde chamboulé, la paix comme antichambre.

L’artiste s’est-il moqué de l’Église ? Lui dit que non, en s’excusant tout de même. On ne saurait franchement comprendre pourquoi, quand bien même. Une façon peut-être d’incarner le texte qu’il chantait sur la Seine au moment où, quelques instants après avoir festoyé, il finit par se faire foudroyer. « Y aurait-il des guerres si on était tout nu ? », demande candidement Philippe Katerine. On aurait tendance à répondre que oui, tant que collectivement nous continuerons de nous lancer dans de stupides Cènes de ménage. Surtout celles qui concernent un petit bonhomme aux nombreux miracles dont l’existence avérée et tangible reste encore et toujours à prouver.

Comme le subversif Dionysos, on aurait assez tendance à vous proposer de donner à ce monde un semblant de fête. De péter un coup pour mieux faire péter les coupettes. Histoire de mettre un peu d’eau dans votre vin, bande de Chrétiens.

David Trotta // Mardi 30 juillet 2024


2 Comments on “Cène de ménage”

  1. Un tiers de cette cérémonie était bof (et beauf). Ce n’est pas le possible blasphème qui a pu m’interpeller. S’il s’agissait de parodier la Cène, soit. C’est un droit qui fait partie des libertés inaliénables. Comme le mauvais goût. Je ne cherche pas à convaincre qui que ce soit mais mon appréciation a autant de valeur que celle de ceux qui ont trouvé cette cérémonie formidable. Un tiers de cette cérémonie ressemblait à de la provocation à deux balles. S’il s’agissait (comme l’ont prétendu les organisateurs) de « rassembler et porter le message de paix de la diversité », c’est à mon avis raté. Après coup, le directeur artistique n’assume même pas. On a le droit de roter pendant un repas de famille mais il ne faut pas s’étonner si les convives lancent des regards désapprobateurs. Et finalement, quelles valeurs sportives auront été mises en avant ?
    Moi qui m’identifie à un grec polythéiste, j’ai été heurté dans ma sensibilité. Mais il ne s’agit pas de Paul et Mickey. Ce n’est que mon avis et je le partage.

    1. Je n’ai pas non plus été convaincu par l’entier des tableaux. Le moins bon à mon sens était celui de Lady Gaga. L’idée était pourtant bonne, mettre à l’honneur le cabaret. Mais il aurait fallu opter pour une artiste francophone. C’est toujours la même chose avec les Anglo-saxons: misère, on ne comprend strictement rien quand ils chantent dans la langue de Molière

      Gros coups de coeur en revanche pour les tableaux Gojira et Céline Dion. Les premiers qui apportaient une touche de feu extrêmement impressionnante. Et le final de Céline Dion, simplement magnifique !

      Pour le reste, les polémiques et notamment celle concernant Philippe Katerine, il faut simplement accepter que dans tous les cas, quelqu’un pour une raison quelconque aurait signifié son mécontentement. Ce que je trouve curieux ici, c’est qu’une partie des celles et ceux qui se disent heurtés pour ce qu’ils appellent un blasphème (on ne sait toujours pas si c’est le cas, et quand bien même), c’est que ce sont les mêmes qui geignent en permanence sur fond de « on ne peut plus rien dire ». Mais quand ça les touche ou les concerne un tant soit peu, mieux vaut ne pas les égratignier. Me semble-t-il qu’il s’agit là un peu du principe de base: quand on veut rire des autres, on commence par rire de soi un tant soit peu. Là vraiment, il faut dire que les religieux ont fait particulièrement fort et prouvent que jamais ils ne seront prompts à, selon les préceptes qu’ils s’empressent pourtant de brandir, tendre l’autre joue.

      M’enfin, après les polémiques artistiques d’avant Jeux, il fallait bien qu’il y en ait une au moment de leur commencement. On n’aurait pas été dans l’époque sinon. Cap maintenant sur celles qui viendront entacher la cérémonie de clôture.

      David

Laisser un commentaire