Tim Burton redonne vie au mythique Beetlejuice dans une suite qui oscille entre nostalgie habilement ressuscitée et longueurs qui soulignent pléthore de facilités. Critique.
Allez, on balance d’emblée un troisième Beetlejuice, pour que le personnage prenne complètement possession de la critique qu’on consacre au second épisode de ses mésaventures. Et puisqu’il s’agit d’un deuxième numéro, on vous file en guise de grille de lecture deux bonnes raisons de vous sortir les doigts du cumuloniPhonus pour filer droit vers le cinéma le plus proche. Mais aussi deux éléments à avoir en tête pour éviter de sortir de la salle en vous disant que vous venez de gaspiller 22 balles. Rien qu’en billet. Plus le popcorn. Plus la glace. Plus la boisson.
Les +
#1 Retour aux origines
Michael Keaton, Winona Ryder, Catherine O’Hara. Il fallait évidemment que le casting du premier numéro soit de la partie pour faire du retour de Beetlejuice une suite cohérente. D’autant que la magie avait opéré une première fois, donnant ses lettres de noblesses à Tim Burton et lançant la carrière de Ryder. En comptant néanmoins l’absence de Jeffrey Jones qui incarnait en 1988 le père de Winona Ryder, arrêté et condamné au tournant du siècle pour crime de bistoukékette avec mineur.
Par-delà les personnages, c’est aussi un univers qu’on aime retrouver tel qu’on le connaissait, la bourgade de Winter River, le monde de l’au-delà de sa salle d’attente jusqu’aux planètes abritant les serpents des sables, en passant par la demeure cossue autrefois habitée par Adam et Barbara Maitland, au dernier étage de laquelle trône encore la maquette réalisée main par Adam, avant leur tragique accident. Bref, une ambiance qu’on aime retrouver, tout comme les notes de Danny Elfman, toujours aux commandes musicales des réalisation signées Tim Burton.
#2 Du nouveau et des refs
Plus qu’une simple réunion de vieux copains tous plus névrosés les uns que les autres, « Beetlejuice 2 » propose évidemment une histoire inédite, qui tourne principalement autour de Lydia Deetz (Winona Ryder), devenue médiatrice paranormale et de sa fille Astrid (Jenna Ortega) qui verra son destin chamboulé par une rencontre avec Jeremy, entretenant lui aussi des relations compliquées avec ses parents. Un récit qui nous en dit plus aussi sur la vie, ou plutôt la mort de Beetlejuice, avec une intrigue parallèle mettant en scène son ex-femme Delores (Monica Bellucci).
On appréciera aussi les références plus ou moins discrètes au premier volet, dont « Day-O », le tube d’Harry Bellafonte, donnant lieu à l’un des grands moments loufoques du film de 1988. Mais aussi le retour des œuvres d’art étonnantes de Delia, la déjantée sculptrice de belle-mère pas vraiment chère à Lydia.
Les –
#1 Mercredi Addams
Réunir Tim Burton, Jenna Ortega et Danny Elfman juste après l’énorme carton « Mercredi » (Addams), c’était forcément prendre le risque d’aller sur un terrain particulièrement glissant. À plus forte raison dans l’univers de « Beetlejuice », à l’humour noir et morbide particulièrement proche de la « Famille Addams ». Sans compter le choix de Monica Bellucci pour incarner l’ex-femme du personnage principal, aux mêmes traits et aux mêmes expressions que Catherine Zeta-Jones (Morticia Addams) dans « Mercredi ». Une facilité sans doute, Bellucci et Burton étant en couple, mais surtout un choix de casting, Ortega et Bellucci, pas le plus adapté puisqu’on tombe bien dans le piège d’une sorte de « BeetlAddams » pas franchement opportun.
Facilité parfaitement inutile aussi avec un Burton qui frôle le sujet du climat en faisant d’Astrid une militante le temps de quelques secondes. Sans raison, malgré le prétexte faussement évoqué du père décédé accidentellement au Brésil, militant contre la déforestation. Une incursion politique stérile qui aurait mérité de ne pas passer la rampe du montage.
#2 longueur abyssale
Drôle et divertissant à plus d’un titre, « Beetlejuice 2 » souffre pourtant d’une narration poussive et de longueurs malvenues. Burton prend un temps fou pour arriver au cœur de l’histoire, après près d’une heure de divagations souvent brouillonnes, certaines simplement vides de sens. Comme l’explication de la mort de Charles Deetz, le père de Lydia et grand-père d’Astrid. Simplement pour justifier l’absence de l’acteur Jeffrey Jones, persona non grata à Hollywood depuis ses déboires judiciaires. On raccroche évidemment les wagons quand la locomotive se met en marche. Mais ne reste alors plus qu’une grosse demi-heure avant d’arriver à quai. Un regret majeur qu’on ne peut s’empêcher d’éprouver, d’autant que la demi-heure en question s’avère macabrement alléchante.
