Bâle se prend une paire de Clark

Gary Clark Jr. – Baloise Session 2024. David Trotta © PLANS CULTES

Soirée guitare à la Baloise Session hier avec les concerts de Gary Clark Jr. Et Annie Clark, aka St. Vincent, pour deux registres aux rendus largement distincts.

David Trotta

Une vieille légende obscure raconte qu’un vieux bonhomme à la bonhommie relative portait en son cœur une croix que nul autre eût pu supporter. Non qu’il perdît un jour le fromage à l’alléchante odeur qu’il tenait dans son bec. Simplement avait-il le blues. Celui profond qui vient de l’âme, celui qu’on aime quand il nous blouse. Celui de Gary Clark Jr. par exemple, de passage hier soir par la Baloise Session, transformant le très guindé festival alémanique en temple du…

Un concert aux nombreux mérites, à commencer par le jeu de Gary Clark, l’un des grands maîtres contemporains d’un blues savoureusement revisité. Qui emprunte autant au Delta des origines qu’aux sonorités plus pop d’aujourd’hui. En témoigne une set list étonnamment courte, composée de neuf titres, étalés sur près d’une heure et demi de show. Un choix toujours judicieux, surtout quand il s’agit d’aller au plus profond des choses en déclinant des notes aussi limpides qu’abyssalement torturées.

Pami les titres du soir, on retiendra notamment le dantesque This Is Who We Are, tout comme le blues très contemporain de The Healing, caractéristique de la « nouvelle génération » qui s’évertue à imprimer sa patte tout en rendant hommage aux chants des anciens. Impression renforcée encore avec Don’t Owe You A Thang, aux odeurs de virée sur les routes encore terreuses du Sud des États-Unis des années 30, dont on entend le grésillement caractéristique des vieux enregistrements. Tout comme Bright Lights, avec une introduction western à la guitare seule, qui rappelle de façon criante Neil Young et la bande originale phénoménale qu’il signait en 1996 pour Jim Jarmusch.

L’autre joue

Un Clark qu’on aime se prendre dans la face et qui nous fait déjà tendre l’autre joue pour le deuxième concert de la soirée. Jusqu’à ce que l’Américain décide de prendre des routes beaucoup plus pop sur une fin trop mielleuse et trop proche d’artistes qui ont largement investi le genre. On ne peut s’empêcher de penser à Ed Sheeran. Dommage.

Doublement, parce que la deuxième claque n’arrivera pas avec St. Vincent, la star du soir. Malgré un show dense et intense qui peine à se diffuser plus loin que les premiers rangs. Un concert pourtant parfaitement calibré (filmé pour diffusion télé), des artistes qui en veulent et qui en donnent, avec un talent évident. À commencer par celui de St. Vincent (Annie Clark), à la présence et à la voix colossales. Mais un tout qui peine à transcender une foule qui quitte les lieux au gré des titres qui s’égrènent. Ce que confirmeront avec étonnement les employés du vestiaire, au moment de tirer sa révérence à mi-parcours d’une performance qui promettait de nous mettre une vraie deuxième grosse Clark. Sans doute l’aura du lieu, au charme et à l’élégance avérée, qui contraint par essence les ambiances plus baroques.

EN IMAGES

Laisser un commentaire