
Troisième passage montreusien pour l’Américain, qui confirme sa patte de guitar hero nouvelle génération, brillant dans tous les registres blues. Critique.
« Si vous le souhaitez, j’aimerais qu’il vienne jammer avec moi », lance poliment Buddy Guy, la légende blues, qui ouvrait la soirée de vendredi au Montreux Jazz Festival, après une heure de jeu. « Un guitariste incroyable de la jeune génération qui contribue à garder le blues en vie », soulignait-il quelques instants plus tôt.
C’est donc sur les coups de 21h30 qu’apparaît sur la scène du Stravinski Joe Bonamassa, pour une jam aux relents de passation de pouvoir. Une légende, Buddy Guy, presque 87 ans, qui confie le flambeau au « petit jeune », Joe Bonamassa, 46 ans. Un quart d’heure pour partager la scène. Joe commence en retrait, presque sideman, limite timide, pour laisser le maître œuvrer, avant d’échanger leurs meilleures notes. L’essence du blues, le partage. Jusqu’à ce que Buddy s’en aille pour laisser le Stravinski à Joe.
Le plateau proposé vendredi 14 juillet 2023 à Montreux semble identique à celui de 2010. Les mêmes artistes. Sauf qu’en 2023, c’est Bonamassa qui prend le relais, et non l’inverse. Passée la jam, le décor change. À 22h15, c’est au tour de Joe, prodige incontesté du blues-rock, d’assurer le show.
Et quel show ! Une performance sublime, à montrer une fois encore l’étendue monstrueuse d’un talent presque divin. Technicien de génie. D’une efficacité aujourd’hui inégalable, brillant dans les envolées, céleste quand il s’agit de prendre le public par les tripes, faisant de sa Telecaster, sur The Heart That Never Waits, l’instrument de sorcellerie qui possède chacune des âmes présentes au Stravinski, perdues ou non. Joe Bonamassa se hisse au même rang que les plus grands. Il rappelle certaines des légendes qui se sont appropriées Montreux, notamment Gary Moore. Un phrasé unique, déchirant, soul, rock, d’une élégance prodigieuse. Magnifique. Et de conclure dans un festival de révérences, avec sa reprise de Just Got Paid, de ZZ Top, que Bonamassa fait muer avec une intelligence folle, en Dazed and Confused, le classique de Led Zeppelin. Un final dantesque, qui clôt une soirée caniculaire. De celles qui font penser aux origines du blues, à Robert Johnson. À se demander si Joe n’aurait pas lui aussi passé un pacte avec le diable, tant il a su réveiller les flammes de l’enfer, pour mieux surmonter l’épreuve du feu.
