UN RED HOT MOINS PIMENTÉ

JUIN | Sortie du dernier Red Hot Chili Peppers en date, The Getaway, qui confirme le changement de direction musicale entamée par les Californiens depuis le départ du guitariste John Frusciante. Image: Warner Bros. LIRE L'ARTICLE: https://planscultes.ch/2016/06/20/un-red-hot-moins-pimente/

Les Red Hot Chili Peppers reviennent avec The Getaway, un onzième album ambitieux, très différent de la ligne habituelle. Trop ?

David Trotta

S’il fallait élire le groupe qui a évolué jusqu’à changer radicalement de registre en près de quatre décennies, nul doute que les Red Hot Chili Peppers raviraient tous les suffrages. En onze albums studio, difficile de savoir où ils se situent. Un sentiment encore très renforcé avec leur dernier-né, The Getaway, sorti vendredi.

Plus sages ?
Première écoute, première impression… mitigée. Moins de guitare, pas de solo, moins de funk, mais beaucoup de groove ! Alors que les musiciens ont tous, ou presque, atteint la cinquantaine, il semble légitime de se demander s’ils ont ressenti le besoin de « lever le pied ». Eux qui ont l’habitude de tout donner sur scène, souvent à moitié nus. Auraient-ils simplement atteint l’âge de la maturité ? Ce moment où la fougue laisse la place à des moments plus posés.

C’est peut-être cette piste qu’il faut explorer en se repassant The Getaway. Car après une seconde écoute, force est de constater que la composition n’est pas seulement moins rageuse, mais surtout bien différente. La maturité, c’est peut-être celle musicale.

Plus ambitieux !
Premier choc : le piano a investi l’ensemble de l’album. Un fait important à souligner, car c’est une vraie nouveauté aussi bien pour le groupe que pour les aficionados. Nouvelle manière d’écrire des chansons? Les compositions sont pour le moins plus complexes. Preuve en est avec le deuxième titre, Dark Necessities, et son orchestration bien plus soignée, subtile et dense en instruments que les classique « redhotiens ».

Et c’est sans doute ici l’une des réponses à la question de savoir en quoi The Getaway sort considérablement de la ligne. Jusque-là, le noyau dur était constitué du duo basse-guitare, formé par Flea et John Frusciante. Sauf que ce dernier parti (déjà absent de l’album I’m With You), la six-cordes semble être descendue de son piédestal. Malgré le toucher de Josh Klinghoffer, proche de celui de Frusciante, et un son quasi à l’identique, la guitare est bien plus discrète, presque masquée par le tout. Et ce n’est pas quand elle se fait plus lourde qu’elle en devient efficace. This Ticonderoga par exemple, au riff punk, fait presque plus mal aux oreilles, trop brouillon, qu’il ne procure l’éventuel plaisir de rappeler que les Red Hot sont, ou étaient, aussi un groupe de rock.

Mais ce nouvel élan créatif a plutôt du bon. Car quand le job est bien fait, il est très efficace. En bref, le quatuor a simplement voulu se montrer plus ambitieux. Leur formule signature, basée uniquement sur la basse, la batterie, la guitare, le chant et rien d’autre, a été laissée au placard.

Trop ?
Question qui fait sens sur la globalité de l’album. Car le tout n’est pas des plus cohérents. Alignant pop, rock aux parfums punk et quelques sonorités reggae. Ont-ils cherché à trop en faire, ou ne se sont-ils pas laissé le temps de roder les nouveaux automatismes ?

Car les sorties de pistes, il y en a aussi. Comme Sick Love, sur lequel intervient un certain Elton John. Un peu perdu au milieu de l’album, le morceau casse la dynamique qui demande pourtant à s’installer. Un titre qui aurait peut-être dû venir continuer la liste déjà bien fournie des b-sides des Red Hot.

Autre point négatif, qui aurait tendance à souligner l’éventuel trop plein d’orgueil des musiciens au moment de composer l’album : la complexité. Le groupe a certes souhaité partir dans quelque chose d’autre que sa marque de fabrique. Mais à trop en faire, ils en perdent peut-être l’essentiel. Connus pour aller droit au but, sans trop s’écarter de la trame malgré des variations le plus souvent bien amenées et travaillées, les Red Hot multiplient les changements de rythmes et d’univers au sein même de beaucoup de morceaux de The Getaway.

Bref, un album plein de bonnes intentions, parfois très bien concrétisées (Dark Necessities, The Getaway, Goodbye Angels, Encore, The Hunter), mais un peu trop inconstant, et un peu moins pimenté. A l’image de la pochette qui rassemble curieusement un raton laveur, un ours, un corbeau et une petite fille.

 

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