« J’INVITE LES GENS À RÉFLÉCHIR »

RENCONTRE | Le jeune artiste lausannois Andy Picci a récemment fait la Une du Parisien… à ses dépens ! Une gaffe médiatique qui a fait le tour de la planète. Mais qui est celui que les paparazzi ont pris pour Pete Doherty, le gamin terrible du rock ? Portrait.

A 26 ans, Andy Picci met le monde qui l'entoure au cœur de sa démarche artistique. PHOTO ©David Trotta

A 26 ans, Andy Picci met le monde qui l’entoure au cœur de sa démarche artistique. PHOTO ©David Trotta

Par David Trotta

C’est le pas assuré qu’il grimpe au second étage d’un café lausannois. Jean slim, bottines noires, manteau gris foncé, lunettes noires, chapeau à larges bords, cheveux mi-longs en bataille qui dépassent et barbe de plusieurs jours. Très poliment, il tend la main et s’excuse pour son retard : « Je n’ai dormi que trois heures cette nuit. » Une soirée à laquelle il n’a pu échapper, raconte Andy Picci, 26 ans, au coin des lèvres un sourire qui le trahit. Peu importe, il est là, et bien réveillé !

Alors, simple dandy rêveur qui se lève l’après-midi pour griffonner dans son coin et finir la fête aux aurores ? Pas exactement.

Des réseaux sociaux à Jésus

Mardi 3 novembre, 17h, Andrea Picci et le photographe Mike Wolf inauguraient leur dernier projet. Réaménagé en galerie le temps de l’événement des deux artistes, le lieu, rue Cité-Derrière, à quelques pas de la Cathédrale de Lausanne, s’est paré d’un voile aux allures religieuses. Cierges à l’entrée, photographie d’Andy en position christique contre un mur, reflets aquatiques autour. A admirer en marchant sur l’eau. Evidemment. Thème de l’installation : l’idolâtrie contemporaine.

« Le rapport à la célébrité qu’entretiennent certaines personnes est un sujet sur lequel je travaille souvent, malgré moi, explique l’artiste. Je trouve passionnant, et assez étrange, de constater que des gens peuvent perdre la tête pour quelqu’un qui se trouve sur le devant de la scène, au lieu de poursuivre une recherche d’identité propre. » Un fait aujourd’hui exacerbé par l’utilisation massive des réseaux sociaux, qui, à l’image des personnalités, poussent souvent à la mise en scène de soi.

Susciter l’émoi et l’admiration trouve ses origines dans une histoire religieuse qui ne date pas de l’ère numérique selon le Lausannois. Un parallèle entre deux univers qui était au cœur de #JESUISCHRIST. « Je trouve très intéressant, dans le christianisme, l’image de Jésus construite par l’Eglise. On parle d’un mec qui ne pouvait pas se raser et qui se baladait à pieds nus à travers le monde quand-même. De l’autre côté, on bâtit des églises avec des dorures, des moulures et des vitraux. On crée un éternel martyr pour des personnes à qui on souffle le porte-monnaie. Le tout dans la plus grande impunité. C’est magique quand-même (rires). »

Un brin blasphémateur ? « J’ai été baptisé, communié et confirmé. Et je me réjouis de me marier dans une belle église le moment venu, rétorque-t-il plus sérieusement. Mais au-delà de mes croyances, les religions sont un sujet qui m’intéresse beaucoup. »

Etre conscient et réfléchir

Le jeune homme parle volontiers de ces thèmes qui l’inspirent au quotidien. Et comme certaines personnes de son entourage le confirment, Andy Picci aime débattre. Sans critiquer pour autant. Ce qu’il semble apprécier par-dessus tout, c’est la démarche réflexive. Quitte à provoquer pour la susciter. Un peu moralisateur, l’artiste ? « J’ai ma conception de ce qui est bien ou mal, de ce qui est juste ou faux. Mais je ne veux pas imposer ma vision à travers mon art, souligne-t-il. Je me fiche de savoir si les gens sont d’accord avec moi ou non. Mais il est vraiment important que les gens cultivent une démarche d’analyse envers ce qu’ils font, ce qu’ils sont ou qui ils voudraient être réellement. A partir de là, il n’y a pas de juste ou de faux. »

Andy Picci aiguise son regard au gré des institutions qu’il fréquente, entre Lausanne, Paris et Londres. Mais c’est son passage à la Central Saint Martins, une prestigieuse école d’arts londonienne qui le marque plus particulièrement. « La recherche, le raisonnement et le processus créatif sont bien plus importants que le résultat final. C’est ce que j’ai appris à Londres. On peut avoir une œuvre sans rendu final. Ou en avoir un qui soit beau ou non. Mais c’est finalement égal, du moment que la démarche est intéressante et questionne le monde dans lequel nous vivons. Les Anglais sont vraiment perchés dans ce domaine », conclut le Lausannois.

EXPRESS

Andrea Picci naît le 9 février 1989 à Lausanne. Issu d’une famille d’immigrés italiens, il grandit à Ecublens, entouré d’une maman céramiste et d’un père gestionnaire de fortune. Aîné de trois enfants, Andrea poursuit une scolarité obligatoire qu’il qualifie de « normale », sans être spécialement bon, ni particulièrement mauvais. A l’adolescence, peu intéressé par sa première année de gymnase option économie, il convainc son père, un peu inquiet, de le laisser se diriger vers une formation artistique. En 2006, il intègre la classe préparatoire de l’école Ceruleum à Lausanne, puis entre à l’Ecole cantonale d’art de Lausanne en 2007 pour y étudier la photographie. En 2012, il obtient un Bachelor en communication visuelle de l’Ecole Supérieure des Arts Modernes à Paris et décroche un Master en Beaux-Arts de la Central Saint Martins de Londres en 2015.

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